Live report Erik Pédurand, au New Morning, Paris, le 18 mars 2026
2026
Lucas Biela
Live report Erik Pédurand, au New Morning, Paris, le 18 mars 2026

Quand le Guadeloupéen Erik Pédurand se présente seul sur scène avec sa guitare, les notes de cette dernière s’égrènent au compte-goutte pour perfuser une voix drainant douleur, souffle et espoir. Rejoint ensuite par son groupe, le chanteur nous fait voyager à travers différentes contrées. C’est ainsi que dans les adieux à sa terre natale, des tonalités rythmées entraînent une voix nostalgique, pleine de fierté mais à l’amertume bouleversante. Ailleurs, sur des cadences chaloupées, contrastant alors avec les voix d’accompagnement décalées aux accents désabusés, on se laisse bercer par le chant attendrissant de notre meneur de revue. Les notes surprises qui s’y intercalent portent alors l’innocence d’un enfant, et nous touchent d’autant plus.
Le rythme toujours : quand celui-ci devient obsédant, la guitare espiègle va relâcher l’ambiance là où le chant désillusionné va la tendre. La voix crie en effet sa peine avec aplomb tout en couvrant le verbe de velours. Les percussions intrigantes se font alors le porte-étendard des sentiments mêlés d’Erik. Et la guitare finit par se prendre dans les filets du chagrin quand ses lamentations perlent lentement. De retour aux Antilles, le thème de l’affliction n’est pas prêt de nous quitter, puisque c’est pour y enterrer les morts. Les accords de guitare se croisent alors délicatement. Et c’est également à un autre carrefour que rendez-vous nous est donné. Un refrain entonné avec exaltation et incantation y rencontre en effet des couplets qui se mettent en branle avec étonnement et gravité. Les beaux motifs de la six-cordes dérivent doucement à l’horizon comme le cercueil descendrait progressivement en terre.

Quand on part pour la Colombie, la stupéfaction est grande de baigner dans une bossa nova tour à tour lamentée et ensoleillée. Mais que notre quarantenaire décide de poser ses valises à Paris, et c’est alors une autre surprise qui nous attend. Pour preuve, c’est vers la nonchalance de l’afrobeat nigérian que la batterie s’oriente. Et quel contraste avec la guitare tourmentée. Rien de plus étonnant cependant quand on sait qu’Erik nous narre les ombres que la ville lumière lui a fait découvrir. Et dans cette ambiance étrange, la voix aux repères perdus fait même voguer les mots sur une Seine tourmentée. Étonnamment, l’ensemble parvient à rester dans la mélancolie quand l’atmosphère se pare d’atours zouk. Nous y voilà venus d’ailleurs, cette musique si typique des Antilles s’invite largement en deuxième partie de soirée. Qu’il soit alors moite, solaire, détendu, ou mâtiné de funk, notre zouk brille par sa tonicité. Et chemin faisant, le chant jongle toujours entre gravité et émerveillement.

Ainsi, avec son langage versatile, Erik Pédurand broie du noir autant qu’il nous fait voir la vie en rose. L’émotion est à portée de main, et la fête est au coin de la rue. Les contrastes se font et se défont dans une musique riche en nuances.
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