Gato Barbieri a rendu son dernier souffle

Gato Barbieri

De la même manière que Jan Garbarek, ou encore Michael Brecker, Gato Barbieri fait partie de ces saxophonistes qui m’ont marqué quand j’ouvrais grand les portes de la musique vers le tendre âge de 11 ans. Cela avant même de découvrir les grands maîtres que sont John Coltrane, Lester Young ou encore Sonny Rollins. Un phrasé rêche et ce déchirement si particulier caractérisaient alors le souffle d’El Gato (« le chat » en espagnol, surnom qui lui a été donné du fait de ses errements de club en club). De son vrai prénom Leandro, c’est dans un premier temps influencé par le be-bop que Gato Barbieri prête son talent à son compatriote Lalo Schifrin. Puis c’est vers le free jazz naissant qu’il se tourne. On le voit ainsi aux côtés de Don Cherry, Charlie Haden ou encore Carla Bley. Mais la révolte tant présente dans son jeu a fini par porter la voix de son continent : ce seront les rythmes latins d’un tiers-monde puis d’un phénix symbole de la renaissance d’une culture qui seront désormais mis à l’honneur dans les disques qu’il enregistre sous son nom. Plus particulièrement, les percussions et le berimbau de Naná Vasconcelos l’accompagnent avec fracas sur l’album de la renaissance. La ligne avant-gardiste ne durera cependant pas. En effet, suite au succès de la bande-son qu’il composera pour Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci trouvait dans la chaleur de son jeu l’accompagnement idéal aux scènes torrides de son film), l’homme au chapeau noir retiendra certes le feu de son phrasé et la passion des rythmes chaloupés, mais il se vautrera dans un fauteuil plus confortable. Lançant pour le fameux label jazz Impulse! une série d’albums enregistrés sur scène, sa musique s’orientera petit à petit vers un smooth jazz dont les talentueux Spyro Gyra se feront les chantres quand une pause interviendra dans la carrière de l’Argentin. Il faudra cependant attendre la fin des années 90 pour que le saxophoniste reprenne du service, avant de clôturer avec élégance une carrière riche en performances « caliente ». C’est en effet à peine un mois après son ancien acolyte Naná Vasconcelos , que cette autre voix de la musique latine nous quitte. Le ciel nous prive de nos héros « latins », et nous d’espérer dans ces moments qu’il nous tombe sur la tête.

Lucas Biela
Pour la rédaction de Clair & Obscur

.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *