Wrekmeister Harmonies – Light Falls

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Il y a à peine un an, je touchais quelques mots sur le dernier album de Wrekmeister Harmonies Night Of Your Ascension et à un an et quelques clopinettes près plus tard, J.R Robinson revient avec son entité, un nouvel album et  un nouveau line-up. C’est limite trop rapide. Comprenez, je me repasse encore ce riff de malade du titre éponyme, sur nuages de voix écorchées que le journaliste de formation revient nous plonger dans les méandres d’une âme humaine toujours aussi prompt à montrer son aspect le plus perfide, destructeur et venimeux. Exagéré ? Et non, ça ne respire toujours pas la joie, les bonnes senteurs et l’espoir chez Robinson. Tout au plus un acheminement de plus en plus pointu comme le ferait un sculpteur face à son œuvre jamais finie. Une persévérance d’orfèvre, conceptuelle et stylistique dont le monsieur tente à chaque fois d’en dépasser le statut et par là, l’état et la structure. Parce que Wrekmeister Harmonies, c’est une ossature progressive, crescendo nécessitant un panel de sonorités disparates voire anxiogènes (avant-garde, classique, post-rock, sludge, folk, black-metal, faites votre choix) et par là, des collaborateurs et des invités en pagaille, bien qu’on excepte Esther Shaw complice multi-instrumentiste de Robinson.

Si on avait atteint des sommets concernant Night Of Your Ascension (une trentaine de participants), Light Falls serre la ceinture en choisissant avec parcimonie ses participants. Et cette fois-ci faut-il tourner la tête du côté du post-rock, voire krautrock, de la force. Sophie Trudeau, Thierry Amar et Timothy Herzog, ça vous dit rien ? C’est normal, ils sont membres du groupe du plus imminent du genre, Godspeed You ! Black Emperor. Presque un piège, à la limite du casse-gueule. C’est que c’est facilement assimilable à du pathos constatable et tout le tintouin à mémère comme un label bio sur le marché du dimanche. Certains d’ailleurs ont classés et d’autres classifieront trop vite Light Falls dans ce style.

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Accepter l’inacceptable. Horrible. La dernière frontière. Sur la base d’un texte de Primo Levi, J.R Robinson laisse la focale amoindrir la lumière, lui fait baisser son intensité, son aura sur une base narrative, quasi littéraire, et laisser cette obscurité envahir l’espace diégétique et immerger les sens. Une descente comme autant de chapitres laissant entendre qu’avant, la lumière était. Elle n’est plus, c’est un fait. De ce fait, exit les morceaux marathons durant entre vingt et trente minutes, ici le cheminement se fait plus aéré, chapitré, voire digeste. Difficile de s’y perdre, impossible d’ailleurs d’oublier les phases d’élévation, de grésillement, de saturation ou de contemplation. Ici, on ne se perd pas dans le flux, il est contrôlé pour qu’il soit graduel et compris, tel Dante descendant symboliquement et intentionnellement les cercles des enfers. Et, arrivé dans l’opacité totale, la voix hurlée de Robinson déchire cette monochromie (Swans n’est pas loin).

Que je te tord, que je t’invective et que je t’emmerde. Toi, le silence, cette obscurité malmenée, tu es celle que je rencontre chaque matin, le long du canal qui rejoint mon lieu de travail. La fausse quiétude de l’eau noirâtre que je perce du regard, c’est mon pas qui se ralentit de lui-même, c’est les détails qui parsèment chaque mètre parcouru, les souvenirs qui subsistent, une fois l’album au casque dans mon salon, une brève part d’humanité dont on se trouve être seul juge. Ça parle de chute, ça parle de lumière, ça parle de toi, moi et d’autres. Ça revient souvent sur la platine, ça trouve souvent un instant de vie en adéquation, c’est aussi fragile qu’inébranlable. Ai-je besoin de préciser autre chose ? On accepte ?

Jéré Mignon

Coup de Coeur C&Osmall

https://wrekmeisterharmonies.bandcamp.com

Light Falls
Wrekmeister Harmonies
2016
Thrill Jockey

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