Universe217 ou une profonde poésie noire

Universe217-band

Survol d’une discographie de 2005 à nos jours

Beaucoup d’entre nous, amoureux de prog, aiment le groupe Leprous. D’autres moins. Je suis de cette dernière catégorie. L’intensité de la chose m’accroche, mais le côté pleurnichard, presque emo-prog de la voix, de même que les tendances générale à la répétition me laissent de glace. C’est pourtant bien dommage, car la base est là, et elle est intéressante. Il me semble également que la formation ait une recette, qu’elle s’y complaît sans aller plus avant. Si ce n’étaient des albums Tall Poppy Syndrome (2009) et de Bilateral (2011), j’oserais même affirmer que Leprous, à mes yeux, ce n’est pas du tout progressif. Enfin, je ne vois rien de progressif à une chanson de 6 ou 7 minutes qui répète toujours le même riff et possède un rythme de batterie qui cadence l’ensemble comme une horloge. En mon sens, le progressif, ce n’est pas ça.

J’ai donc trouvé, avec des bases similaires à celles de Leprous, une formation qui pallie à ces lacunes, à ces défauts que je retrouve chez le groupe norvégien (désolé pour les fans). Il s’agit de la formation grecque Universe217. Oui, je sais, quel nom étrange et pas très vendeur. Certes, mais derrière cette couverture un peu ingrate se cache un ouvrage fascinant, une poésie sombre et un art d’exprimer ce qui se trame dans les tripes, dans les abîmes de l’âme et ce qui fait de nous des hommes, bref des êtres sensibles.

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On qualifie le groupe de doom expérimental. Bon, à ce que je connais du doom, la musique de Universe217 n’est doom que par la thématique de ses textes, à savoir la mort, l’au-delà, la perte, la dépression, les nerfs à fleur de peau, l’intériorité et l’inavoué. Et encore, il me semble qu’il n’y ait pas que le doom qui fasse dans ce registre. Enfin, j’aurais plutôt tendance à mettre tout ça dans une classe un peu fourre-tout, une classe dans laquelle on pourrait retrouver Diamanda Gálas, Anna Van Hausswolff, certaines créatures de l’ombre telles qu’Allochiria, Ides Of Gemini, Occultation, Obscure Sphinx, Jex Toth et d’autres curieuses espèces nyctalopes terrées dans un vivarium sous observation. Cette classe serait pour moi le rock expérimental ou de l’avant-garde, sans plus. Car affirmer que cette musique est du doom metal, c’est plutôt incertain. Ça ne fait pas tellement dans le metal non plus. Je ne sens pas la lourdeur des rythmes, ni la violence appliquée des guitares. J’y cerne bien une lourdeur, mais plutôt une lourdeur morale, une léthargie psychique (et non pas une léthargie rythmique comme dans le doom archétypal).

Il faut toutefois admettre que l’ambiance funéraire est bien présente dans le doom comme dans la musique de Universe217, à la seule différence que la voix de Tanya semble à la fois chanter la mort et la vie, l’étiolement d’une rose rouge (perdant doucement son pigment écarlate au profit d’une teinte nécrosée) et le germe d’un lys blanc à travers la fange. En fait, la voix de cette chanteuse est comme celle d’une sirène ou d’une gorgone. On est tenté de s’en approcher, charmé par le chant sensuel, voluptueux et reptilien, alors que la gueule de la bête est emplie de dents acérées, pouvant broyer et déchiqueter, ne laissant de nous que les os et le cartilage. Pourtant, je suis certain que la douce Tanya n’avait guère ce funeste projet à l’esprit. Du moins, a priori. Car celle-ci chante l’amour noir, l’amour pour lequel on commet crimes et délits, l’amour pour lequel on crie à la mort, l’amour pour lequel on vit tout en se donnant la mort à coup de drames et de gorgées de laudanum (pour engourdir le mal et sucrer l’amertume).

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Universe217 fait dans une musique ensorcelante, à la fois ésotérique et sentimentale, à la fois intérieure et extérieure (intérieure parce qu’émotive et intestine, extérieure car cathartique et exprimée). Change, un album paru en mars 2016, s’emploie à tout dire, à tout faire sortir. Plus rien de la rage, du remord, du refoulement ou des actes manqués accumulés au fil des ans ne demeurent en-dedans. Tout sort, et ce, magnifiquement. La chanson « Undone » démontre tout cela. Et si vous écoutez cette chanson, vous savez que je n’ai plus rien à rajouter de significatif à ce qu’évoque cette musique. La pièce parle d’elle-même, toute en prose, en emphase, en allégorie, en hyperboles, elle se suffit. Idem pour la chanson « Mouth », un morceau d’une fragilité et d’une émotivité de verre, protégée par une cage d’acier. En ce sens, l’album Never (2013) possède aussi cette obscurité des profondeurs humaines, mais la clarté de l’esprit qui tente de s’extirper de ses fangeuses ténèbres. Pour toute métaphore, tout ceci me semble à la fois beau et laid, terrifiant de vérité et véritablement épouvantable, car on sent derrière ce rideau de son une voix qui appelle à la confession, à l’émancipation pure et simple. Et c’est d’ailleurs à genoux que la chanteuse Tanya semble faire son chemin de croix, dans le morceau éponyme plutôt post-rock « Ease » paru il y a deux ans.

Et si tout ce malsain mal-être devait sortir d’un trait, cul-sec, il en résulterait les chansons « Inferno » (II) et « TV Lovers » (Universe217), des morceaux empreints de folie et d’une opaque noirceur (un peu plus particuliers ceux-là, pas pour le néophyte, vous êtes prévenus). L’axe de ces deux albums parus respectivement en 2007 et 2009 repose possiblement dans ces deux titres. Et ceux-ci donnent un avant-goût de ce qui suivra jusqu’à maintenant.

Alors, comme je le disais plus tôt, je déteste Leprous pour les airs parfois redondants et la voix pleurnicharde d’Einar Solberg, mais j’admire la profondeur émotive de ses airs (je sais, cela semble contradictoire, mais il y a un trop-plein d’une part et un trop peu de l’autre). Enfin, il me semble que Universe217 fait le travail et réussit là où Leprous faillit. Ce n’est qu’un point de vue, bien entendu… Mais, écoutez pour voir !

Dann

https://universe217.bandcamp.com

https://www.facebook.com/universe217

Discographie :

-Universe217 (LP, 2007 chez Duplicate Records, ré-impression par Burning World Records en 2009)

II (EP, 2009)

Familiar Places (LP, 2011 chez Venerate Industries)

Never (LP, 2013 chez CTS Productions, ré-impression par Ván Records en 2015)

Ease (EP, 2014 chez Ván Records)

Change (LP, 2016 chez Ván Records)

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