The Safety Fire : des hertz mur à mur et du talent en béton

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The Safety Fire « Grind The Ocean » (2012) et « Mouth Of Swords » (2013)

The Safety Fire ne fait rien comme les autres. Alors que la gloire leur sourit depuis près de 3 ans, le groupe décide de se séparer en avril 2015. Les débuts du groupe sont tout aussi singuliers que sa fin abrupte. Formé en 2006, le groupe effectue quelques pratiques et compose par temps libre au cours de leurs études universitaires à la London Oratory School (hormis le batteur Calvin Smith). Or, les cinq membres de la formation jouent tous de la guitare et de la batterie depuis leur enfance et cela s’entend. « Ils sont tombés dedans quand ils étaient petits », diraient Uderzo et Goscinny. Puis, au cours de l’année 2009, le groupe enregistre Sections, un premier EP comprenant trois titres pressé à quelques exemplaires seulement.

La bête de scène ne se manifeste que deux années plus tard, aux lendemains des études, au cours de l’année 2011. N’ayant que quelques morceaux à leur répertoire, le quintet se produit néanmoins sur scène aux côtés de Metallica, Slipknot, Mastodon et The Mars Volta pendant le Sonisphere Festival avant d’entreprendre une tournée avec les groupes metalcore Bleed From Within et Rise To Remain ! Ça commence fort !

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La glorieuse ascension ne fait alors que commencer. Avec très peu de matériel, la formation anglaise suscite malgré tout l’intérêt des festivals de musique européens. Au cours de la même période, le label InsideOut approche les cinq musiciens avec qui il publiera Grind The Ocean, un premier disque paru à l’automne 2012. L’album est une réussite. Le son y est impeccable et la réalisation, effectuée par Derya Nagle, l’un des deux guitaristes du groupe, est d’une efficacité incontestable. Les guitares de Nagle et Joaquin Ardiles ont une présence qui réjouit, offrant en avant-plan un jeu d’une étonnante aisance et d’une stupéfiante dextérité. Explosant en rythmes brisés, en foisonnement d’arpèges et en effets discordants fort originaux (surtout avec les chanson « Huge Hammers » et « The Ghost That Wait For Spring »), les lignes rythmiques soutenues par les sections de cordes sont ahurissantes.

Il faut l’admettre, vous ne sifflerez pas un air de The Safety Fire. Ce n’est pas le genre de la maison. Il y a tellement de matériel, tant d’effervescence et d’orchestration dans cette musique, qu’il est difficile de retenir une mesure entière. En cela, le groupe britannique fait un metal progressif pur et dur. Toutefois, vous aurez le goût de secouer la tête, faire de la « air guitar » ou d’accompagner Calvin Smith en frappant des cymbales et une caisse claire imaginaires.

Vient ensuite la voix irrévocablement singulière de Sean McWeeney. Si vous connaissez Spencer Sotelo et Chris Baretto, deux autres chanteurs variant de la voix la plus clean à la voix la plus rauque, du chant le plus doux au chant le plus hurlé, il vous sera possible de savoir de quoi il en retourne avant même d’avoir écouté un extrait audio. Il est toujours aussi surprenant de constater à quel point l’organe vocal de ces chanteurs peut couvrir un si large registre. Et McWeeney étonne d’autant plus qu’il alterne le « clean » et le « screech » avec fluidité et harmonie, usant de l’un et de l’autre avec un instinct sans faille pour le momentum. Des chanteurs du metal progressif, ce chanteur est à la tête de mon palmarès aux côtés de Sotelo, Baretto, Daniel Tomkins, Ryan Delvin et Chino Moreno.

Et puis, la batterie… la batterie ! Quel batteur que ce Calvin Smith. Jamais linéaires, toujours ingénieuses, toutes en puissance et en virtuosité, les parties de « drum » sont recherchées, l’instrument est exploité à son plein potentiel. Parlez-moi de ça, de la batterie qui pourrait se suffire à elle-même ! Smith joue d’une batterie qui pourrait épater un professeur de conservatoire et intriguer le grand Virgil Donati.

Ce que je viens d’énoncer à propos de Grind The Ocean vaut aussi pour Mouth Of Swords, le second album de The Safety Fire paru en 2013. Partageant des éléments des grands noms du djent tels que Corelia, Skyharbor, Monuments et certains groupes aujourd’hui inactifs tels que Ever Forthright et Glass Cloud, The Safety Fire a toutefois un son et un modus operandi bien à lui. Il n’existe pas deux groupes comme celui-ci. C’est du grand art pour une formation émergeante (ce le serait aussi pour un groupe d’expérience).

Pour des raisons inconnues, on apprend d’abord en décembre 2014 que le bassiste Lori Peri annonce son départ. Quelques mois plus tard, la séparation officielle est annoncée. La fatale rupture n’est visiblement pas due à un manque de succès, considérant que depuis 2012, le groupe britannique participe incessamment à des tournées européennes et américaines aux côtés de Protest The Hero, Gojira, Periphery, Between The Buried And Me, The Contortionist, TesseracT, Night Verses, The Faceless, Intervals puis partage la scène avec Sikth, Animals As Leaders, Monuments et le groupe français Uneven Structures lors des très courrus TechFest et Euroblast entre juillet et octobre 2014. La séparation est peut-être le fruit d’une divergence dans la direction musicale du groupe. L’hypothèse peut être confirmée lorsque l’on écoute Good Tiger, un projet musical parallèle développé par Ardiles et Nagle, les guitaristes-fondateurs de The Safety Fire. Car si TSF donne dans l’intensité, le screamo, les guitares déchaînées, la batterie déjantée et désarticulée, Good Tiger fait plutôt dans un progressif tranquille et plus accessible.

Comme la mode actuelle est aux réunions de formations démantelées, nous aurons peut-être la chance de revoir le groupe se reformer dans les prochaines années. Laissons retomber la poussière et on verra bien… Je croise les doigts pour que cela arrive, car franchement, je n’en ai jamais assez. The Safety Fire, ça me botte, si je peux me permettre !

Dany Larrivée

Coup de Coeur C&Osmall

https://www.facebook.com/thesafetyfire

Note 1 : Sections (EP, 2009) n’est aujourd’hui plus disponible, puisque l’édition parue initialement en disque, n’a été tirée qu’à quelques exemplaires seulement. Celui-ci est toutefois disponible en streaming sur last.fm :

http://www.last.fm/music/The+Safety+Fire/Sections+EP

Note 2 : voir également A Head Full Of Moonlight, le premier album de Good Tiger (LP, 2015)

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec)

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