The Ox – Obsidian

The Ox-Obsidian

Après avoir chroniqué quelques albums plus « smooth » ces dernières semaines, me voici de retour dans mes petits souliers. Comme ça fait du bien de faire la paix avec soi-même. Et c’est encore plus agréable de faire la paix avec la musique. Le metal progessif nous a offert un nombre significatif de disques mémorables ces dernières années. Or, il arrive parfois que nous ayons à faire notre deuil de certaines productions qui, on ne sait trop pourquoi, n’ont pas de lendemains. Je songe entre autre au genre de prog metal que nous propose Tool ou Mastodon. En fait, corrigez-moi si je me trompe, mais ces groupes n’ont pas de pareil. Tool ne rentre dans aucune catégorie connue. Sa musique est plutôt unique. Certes, j’ai couvert cet été la sortie du premier album de Sumer, le rare pendant du groupe qui nous a donné Aenima et Lateralus. Il y a bien des points de correspondance entre les deux formations, mais rien de suffisant pour parler d’une école ou d’un mouvement musical défini.

La même exclusion s’applique pour Mastodon. Y-a-t-il quelqu’un parmi nous qui puisse mettre un nom sur la musique du groupe d’Atlanta ? On peut bien tenter d’affubler la formation de néologismes tels que sludge progressif, stoner metal, metal progressif psychédélique ou post-metal, mais on passera toujours un peu à côté (le groupe n’étant à la fois tout et rien de cela). C’est un peu comme classer Mozart dans le classique « at large » sans préciser que son genre était néo-classique et que la révolution musicale qu’il a engendré en a fait un compositeur sans réelle appartenance. Nos zigotos de ce sous-genre du metal progressif sont tout aussi singuliers et révolutionnaires que l’était le musicien salzbourgeois. Difficile dans ce cas de mettre une étiquette sur ce qui ne peut être associé ou référé.

The ox-band

Et voilà que, ô merveille, une formation de metal progressif comprenne la double influence de Tool et Mastodon. Comment cela est-il possible ? Je l’ignore, mais  le phrasé, la couleur et l’esprit de ces deux groupes sont bel et bien réunis sous l’enceinte unique de la formation hispanique The Ox. Et quel cocktail cela donne-t-il, vous me direz ? Cela donne un mélange d’intelligence musicale, de psychédélisme,  de rythmes savamment dosés, d’une technicité marquée, de brillantes progressions sur des motifs centraux et une terrible efficacité.

Au sein de The Ox, tout est balancé, chaque instrument trouve sa juste expression et chaque musicien démontre ses forces. Les guitares de Guillermo Campaña et David Ramis, par endroit sinueuses et reptiliennes, à d’autres endroits lourdes comme l’acier, mènent une instrumentation soutenue par la batterie équilibrée, rythmée et tribale de Sergio Torres, la basse très planante de Luis Calvo et la voix multidirectionnelle de Carlos Muntaner (une sorte d’hybride issue du croisement entre les voix d’Eric Saner et de Joseph Duplantier). Aventurez-vous d’abord dans l’écoute de « Ethereal Journey » et explorez en un seul et même temps les profondeurs de la psyché humaine et le vaste inintelligible de l’infini sidéral. Puis, avec « Souls Collide » et « All Seeing Eyes », deux pièces essentiellement influencées par Gojira, prolongez l’expérience quasi-transcendantale de l’ensemble. Finalement, complétez l’immersion dans un monde parallèle à celui du groupe Opeth avec « Ivory Temple » et « Drifting Out To Sea », deux morceaux qui font irrémédiablement écho aux excellent albums Watershed et Heritage de la formation suédoise.

Si l’expérience des membres de The Ox est très brève (le groupe ne se forme qu’en décembre 2012), force est d’admettre que les compositions sont d’une étonnante exécution (surtout à la cinquième minute de « Drifting Out To Sea » où la magie de la basse fretless de Calvos opère). On croirait entendre un album de mi-carrière alors que la formation n’en est qu’à sa première année de métier (si l’on omet le projet progressif Believe The Lie et son unique EP réalisé en 2010 où seul Muntaner n’a pas participé).

À vue de nez, The Ox ne semble plus actif. Les dernières nouvelles datent de janvier 2015, moment à partir duquel le groupe offre le téléchargement gratuit de son unique disque. Depuis, silence radio. Que ce soit sur iTunes, Bandcamp, Facebook ou Instagram, il est impossible de détecter des traces d’activité chez nos musiciens espagnols. Peut-être nous concoctent-ils un nouvel album en catimini. Si ce n’est pas le cas, il semble que j’aurai à faire un autre deuil. Pourquoi cette musique est-elle si isolée ? Est-ce que l’intelligence musicale rebute ? Je croise les doigts… si une étoile filante passe tout près, j’oserai croire qu’elle m’accordera un vœu pourtant simple et pieu : celui de mettre la main sur un album d’une pareille qualité.

Dans les jours qui vont suivre, je critiquerai Heart Of Oak, le seul et unique album du groupe Anciients paru en 2013. Pour ceux et celles qui aimez Mastodon et avez apprécié The Ox, la prochaine chronique pourrait vous intéresser. Restez à l’affût des nouvelles parutions sur Clair & Obscur pour la seconde partie de ce papier. À tout de suite…

Dany Larrivée

Note : Obsidian est offert en téléchargement gratuit sur le site Bandcamp. Puis, pour les curieux, il est également possible d’entendre Dying Star, un EP réalisé par Believe The Lie, le projet précurseur de The Ox (seul le chanteur diffère).

https://theox1.bandcamp.com

https://believethelie.bandcamp.com/album/dying-star

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec)

Obsidian
The Ox
2013
Autoproduction

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