T – Fragmentropy

T Fragmentropy

Une fois n’est pas coutume, voici un album que j’ai découvert par hasard sur le très bon site d’écoute en ligne « progstreaming« . Il s’agit de « Fragmentropy », nouvel opus d’un multi-instrumentiste et excellent chanteur de surcroît, Thomas Thielen, se faisant appeler T, nom étrange s’il en est, tout comme l’est ce disque aux contours assez indéfinissables. L’homme est de nationalité allemande et a déjà publié pas moins de cinq albums de rock progressif que j’avoue ne pas connaître à l’heure où j’écris ces lignes. De fait, je n’ai aucune base de référence sur l’artiste et son univers, et c’est donc avec une oreille totalement vierge que j’ai pu apprécier cet ouvrage. Autant vous dire le dire de suite, et ce malgré quelques réserves exposées plus bas, j’ai immédiatement craqué sur « Fragmentropy », acheté dans la foulée en CD. En effet, parmi les nombreuses nouveautés que nous avons l’occasion d’écouter, certaines sortent du lot, et c’est le cas de cet album aussi passionnant que déconcertant. Le musicien nous y dévoile sept nouvelles compositions qu’il a divisé en trois chapitres aux frontières indistinctes. Je suis tombé directement sous l’emprise de « A sky High Pile Of Anarchy », un premier titre assez calme au son moderne qui se déploie durant près d’un quart d’heure. L’ensemble va vite évoluer différemment par la suite, les choses prenant une tout autre tournure sur le plan musical.

Thomas Thielen nous invite la plupart du temps à pénétrer dans un univers obsédant qui nous emporte assez loin, dans des contrées plutôt chaotiques. « Fragmentropy » s’adresse principalement aux fondus de King Crimson et consorts (voire même de Gentle Giant !), bref, aux amoureux d’un rock tourmenté et complexe. De par sa texture et son expressivité, la voix de Thomas Thielen donnera à penser quelque peu à celle de Steve Hogarth, chanteur de ce petit groupe méconnu appelé Marillion que j’ai tant aimé ! Niveau écriture, on peut dire qu’il s’en passe des choses sur ce disque au style « progressif » dans tous les sens du terme, les morceaux s’enchaînant et déclinant un puzzle assez subtilement échafaudé. Il faut constater que le ton monte crescendo en intensité, avec d’incessantes fractures sonores au programme (l’alambiqué « Brand New Morning » est un modèle du genre !). Les amateurs de musique « déstructurée » seront donc à la fête, les autres comme votre serviteur pourront se sentir quelque peu déboussolés au premier contact.

T Band

Tous les poncifs inhérents au rock prog sont ici utilisés et distillés à travers cet édifice musical, et aucun « cliché » ne manque à l’appel même si, paradoxalement, le résultat final est on ne peut plus singulier. Le ton oscille fréquemment entre passages doux et torturés, et j’avoue avoir été un peu déstabilisé par ces nombreux changements de rythme et d’ambiance. Vous me direz, c’est pourtant l’une des grandes caractéristiques du genre ! Mais en clair, l’ensemble du disque manque (à mon goût) de mélodie au sens propre du terme. De plus, je suis sceptique quant à l’utilisation, même à dose homéopathique, de l’accordéon. J’ai tendance à préférer lorsque Thomas se lâche avec maestria sur ses guitares (tantôt incisives, tantôt atmosphériques façon « post-rock ») ou ses claviers (quelle palette de sons !), bien mis en valeur sur cet opus.

Lorsque le calme revient un tant soit peu, la voix de T se rapproche aussi de celle de Bowie, et cela présente un contraste étonnant avec cette musique fort alambiquée. Thomas Thielen semble prendre un malin plaisir à désarçonner l’auditeur, qui peut être se perdra au final dans ce déluge sonique, pour ne pas dire « capharnaüm musical », tout maîtrisé soit-il. Je précise cela car la durée de l’album dépasse largement les soixante-dix minutes qui peuvent produire à la longue une sorte d’indigestion. Et cela est bien dommage, car T possède de grandes qualités qui se retrouvent un peu brouillées par un excès de notes tarabiscotées gâchant quelque peu un propos rock singulièrement inspiré et ambitieux.

Ne voyez cependant aucune amertume dans mes observations ci-dessus, car ce disque reste une franche réussite, malgré ces petits constats personnels qui ne doivent en aucun cas vous décourager. Aussi, je vous invite comme moi à tenter de dénicher par tous les moyens les productions antérieures de ce musicien hors norme qu’est Mister T. Pour conclure, je dirais que dans sa globalité, « Fragmentropy » ne laisse pas indifférent, loin de là. L’album s’écoute sans déplaisir, et l’on se prend même à remettre le couvert. Allez donc tenter l’expérience, je pense que vous ne serez pas déçus !

Daniel Sebon

http://t-homeland.de/

Fragmentropy
T
2015
Progressive Promotion Records

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