Steve Hackett – Wolflight

Steve-Hackett-Wolflight

L’ancien guitariste de Genesis semble tout ragaillardi par le succès mérité de ses solides « Genesis Revisited I » (1996) et « II » (2012) ainsi que par les foules conséquentes venues rendre hommage au répertoire de son groupe d’adoption. Il faut bien avouer que le maître a su s’entourer de la crème des musiciens qui auront tôt fait de faire oublier les interprétations datées des années soixante-dix. A part le batteur (Gary O’Toole), qui ne rend guère hommage au travail parfait de l’immense Phil Collins (on parle bien du batteur et non du chanteur, rassurez-vous, vous n’êtes pas en train de lire Le Monde de Disney!), le reste de l’équipe parvient même à transcender les parties exécutées à l’époque par Tony Banks et Mike Rutherford. On ne dira rien, par mépris, du chanteur, Nad Sylvan, piètre clone du grand Peter (Gabriel). L’ami Steve a même enfoncé le clou en publiant deux enregistrements live (« Genesis Revisited : Live at Hammersmith » en 2013 et « Genesis Revisited : Live at Royal Albert Hall » en 2014) de très bonne facture qui ont concouru à faire teinter le tiroir-caisse en même temps que la boîte à musique.

Comment rebondir après trois ans de liesse et de critiques dithyrambiques ? La question qui a naturellement bien dû tarauder notre timide Anglais est : « le public va-t-il continuer à s’intéresser à Steve Hackett si Steve Hackett ne s’intéresse plus à Genesis ? » La question semble d’autant plus épineuse que le bonhomme possède une discographie riche de plus d’une vingtaine d’albums en studio, on ne compte naturellement pas la pléthore de compilations et de captations en public. Ainsi, le chômage n’a jamais figuré parmi les initiatives envisagées depuis le divorce d’avec la Genèse, en 1977 déjà. Il est vrai qu’à l’exception de son essai inaugural et magistral, « Voyage Of The Acolyte », les ventes restaient confidentielles (malgré la grande qualité des disques produits) et n’atteignirent jamais les stratosphères dans lesquelles se vautrait le trio restant. Le coup de projecteur (in)attendu dont a bénéficié le guitariste ces derniers temps ajoute une pression supplémentaire puisque tout le monde se doit de parler de cette dernière galette. Sans crier au loup, malgré l’appel de la pochette.

Steve Hackett

Commençons donc par la pochette, justement. Que n’aurait pas reniée Johnny Hallyday. On se réjouit, du reste, de découvrir qui aura l’audace, à l’issue des futures prestations de la bande, de se porter acquéreur d’un t-shirt affublé d’une telle illustration. Peut-être des fans de Johnny, justement, qui auront confondu Le Divan du Monde avec le Stade de France. Trêve de sarcasmes, car la laideur de la jaquette constitue la seule critique que l’on puisse apporter tant « Wolflight » se pose comme un album fondamental de plus de ce grand compositeur (avant d’être un grand guitariste) qu’est et qu’a toujours été Monsieur Hackett. Même si la production et le son général pourront sembler quelque peu désuets à l’auditeur averti, la qualité des compositions force le respect.

On reconnaîtra la griffe du ménestrel, qui passe de cordes nylon aux soli ébouriffants, sans se démonter et sans souci de caresser le critique dans le sens du poil (« Wolflight »). Le chant est assuré par le patron en personne, qui n’a jamais caché que ce n’était pas là sa tasse de thé. Cependant, il s’en sort avec les honneurs et l’ensemble, mélodieux mais tortueux, forme une œuvre cohérente et maîtrisée. Certes, parfois, on croit entendre Genesis (« Loving Sea ») ou, plus curieusement, King Crimson (« Love Song To A Vampire »).

Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant. La quête d’Hackett s’approche d’un Graal non conscientisé : montrer au monde entier qu’il était pour quelque chose dans la beauté atemporelle des compositions de la première mouture de Genesis. Celle d’avant « Paperlate » ou autres « Hold On My Heart ». Mais qui, sérieusement, en a jamais douté ?

Christophe Gigon (8/10)

http://www.hackettsongs.com/

Wolflight
Steve Hackett
2015
Inside Out

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