Sithu Aye – Set Course For Andromeda

Sithu Aye-Set Course For Andromeda

Sithu Aye. Voilà un nom qui ne dit pas grand chose au tout venant. Le multi-instrumentiste de Glasgow est pourtant le chouchou du rock progressif instrumental. Et comme pour David Gilmour et son phrasé des plus reconnaissables, la griffe de Sithu ne passe pas inaperçue. On peut l’identifier au premier « bend ». En fait, personne n’étire les notes comme le guitariste anglais. Fan de la première heure, je suis le musicien dans tous ses projets. Car, bien qu’instrumentales, ses compositions me donnent un grand frisson. D’abord épris de délicieux vertiges à la sortie de Cassini en 2011, j’ai ensuite été conquis par la structure évolutive, la narration musicale de l’ensemble, par la recherche de sonorité dans la guitare et le soucis du détail dans sa réalisation. L’album en question est d’ailleurs mon disque préféré parmi la vaste discographie de l’artiste. On y sent une légèreté, une aisance, une maîtrise de l’instrument sans pareil. On a cette impression que chaque note est une feuille faséyant au vent, emportée par une chaude brise sur des milliers de kilomètres (ça fait un peu scène de Forrest Gump avec la plume qui virevolte de la première scène à la dernière scène du film). On a cette impression du céleste, du sidéral, de l’infinitésimal.  Écoutez d’ailleurs la pièce « Orion » sur le dit-album. Vous comprendrez alors mon allusion en rapport au vaste et au vertigineux.

Bien que j’admire une pléthore de formations et que je crie souvent au génie devant du math rock, de l’indie rock, du progressif ou du djent, il est tout de même difficile de m’impressionner. Le monde musical actuel regorge de musiciens de talents dont les prouesses techniques et l’audace repoussent les limites du monde connu. Mais il arrive parfois que certains artistes anéantissent ce confort et nous font nous remettre en question par rapport à nos valeurs, nos perceptions et notre ressenti. Ceux-là nous marquent, nous atteignent au plus profond de notre être et nous choquent (dans le bon sens du terme). La musique de Sithu Aye a cet effet sur moi. Je me sens envahi par quelque chose de plus grand que moi, comme si la musique du gentil geek britannique prolongeait cette partie de moi qui n’est pas rattachée à la terre et au monde matériel, comme si mon propre cordon d’argent était tiré vers les hautes sphères célestes pour me rappeler au sein de l’univers duquel je suis né.

Sithu Aye-band

Bien que d’allure ésotérique, cette impression n’en est pas moins près de la réalité. Les guitares de Sithu me font voyager, m’emportent et m’attirent invariablement vers l’insondable. Certes, les effets de delay et de reverb contribuent à générer ces impressions elles-mêmes générées depuis le manche de sa Fender American Deluxe Stratocaster, son instrument fétiche. Or, cette généalogie sonore s’étend beaucoup plus loin qu’au simple équipement. Car bien que l’instrument et les accessoires y soient tout de même pour quelque chose, la technique et le génie de Sithu y sont pour l’essentiel.  On perçoit dans son jeu une réelle et viscérale passion pour la guitare.

En effet, cela s’entend dans chaque morceau. Avec Sithu, aucune ligne n’est banale, aucun jeu n’est fade. Tout est ressenti depuis l’âme au cerveau, depuis la cervelle au système nerveux, depuis le système nerveux aux muscles, des muscles aux trippes, du bas-ventre au cœur, du cœur aux doigts. D’ailleurs, les influences du guitariste portent à croire que l’immense travail derrière sa propre musique provient d’un souci à rejoindre ses propres idoles parmi lesquelles il cite le bien-aimé John Petrucci de Dream Theater, Guthrie Govan, le très zappa-esque guitariste fretless derrière The Aristocrat, Asia, Erotic Cakes, The Young Punx, The Fellowship et Steven Wilson, le maître « shredder » Paul Gilbert (Racer X, Mr. Big, Yellow Matter Custard), le virtuose Steve Vai, l’incomparable John Frusciante de Red Hot Chili Peppers et l’inestimable Tosin Abasi, le guitariste du titanesque groupe Animals As Leaders (écoutez la pièce « Messier Objects » et vous comprendrez que l’influence d’Abasi sur Sithu est plus un legs qu’une simple source d’inspiration, on sent le maître dans le travail de l’émule).

Comme nous sommes ici pour discuter de Set Course For Andromeda, il serait bien que je délaisse mon admiration générale pour la musique de Sithu et que je vous entretienne quelques instants à propos de ce dernier opus. Car bien que le musicien écossais soit très prolifique (il a autoproduit, composé et réalisé trois LP, quatre EP, un split-album et un single et collaboré à plus de douze projets de djent et de musiques progressives en l’espace de 5 ans), celui-ci n’est pas en panne d’inspiration. Set Course For Andromeda, un premier album long depuis 2012, est aussi inspiré que les très inspirants Cassini et Invent The Universe. Avec cette double parution, on comprend rapidement que l’artiste n’a pas dit son dernier mot ni rendu son dernier souffle. Son « ruâh », son divin souffle créateur, n’est pas expiré; bien au contraire !

La chanson éponyme de l’album renvoie au classique Sithu Aye. On y trouve du shred à profusion, des bends ahurissants, des ondes berçantes à la surface d’un océan infini de son, un torrent de comètes sonores filant doucement à travers la fibre sombre d’un ciel de nuit à la saison des Perséides, bref, tout ce qui fait un projet de Sithu. Aussi complet, complexe, loquasse et évocateur qu’un poème-fleuve de Rimbaud, de Neligan ou de Mallarmé, la musique du prodige de Glasgow dit toujours plus avec des notes qu’avec des mots, en 13 actes de pures contemplation.

Or, ma pièce préférée dans tout l’album est probablement « Set Course For Andromeda » et « We Made It To Andromeda », une hymne à la consécration, à l’achèvement, au triomphe. On sent bien dans les arpèges ascendants de Sithu tout le lyrisme du style triomphant, toute l’énergie d’une verve musicale. On toise littéralement le monde d’en-bas, ces quelques 7 milliards de mortels encore arrimés à la Terre, depuis les confins aspirants de l’univers et tout ce qui renvoie à l’infini.

Il est inutile ici de commenter chaque pièce tout comme il serait inutile de décrire le sentiment du vaste et de l’Absolu exprimé dans chaque scène du film Interstellaire. Cette musique se vie comme ce film se voit et s’ingère. Faites-vous votre propre idée en prenant toutefois le soin de fouiller dans les anciennes compositions de l’artiste. Car il me semble que passer à côté des premiers titres de l’album Cassini serait une grossière erreur. Après tout, on ne passe pas au plat principal avant d’avoir pris l’apéro, on n’attaque pas la cochonnaille et le dessert avant d’avoir vécu le potage. Bonne écoute les amis…

Dann

https://sithuayemusic.bandcamp.com

https://www.facebook.com/c2aye

Discographie de Sithu Aye (solo) :

Cassini (LP, 2011)

Isles (EP, 2012)

Invent The Universe (LP, 2012)

26 (EP, 2013)

Pulse (EP, 2014)

Oceania (single, 2014)

Senpai (EP, 2015)

Set Course For Andromeda (LP, 2016)

Collaborations et apparitions

I (split-album avec Plini, David Maxim Micic et Jakub Zytecki, 2013)

Widek, Aurora Borealis, EP, 2012 (apparition sur « Aurora Borealis »)

Cloudyhead, Abstraction, LP, 2012 (apparition sur « Deadly Touch »)

Abstract Deviation, Layers, LP, 2013 (apparition sur « No Fate »)

Alea, Daedalus, EP, 2013 (apparition sur « Héméré »)

I Build The Sky, Translucidous, single, 2014 (apparition sur « Translucidous »)

StarSystems, StarSystems I, EP, 2014 (apparition sur « Dreamscape »)

Widek, Outside The Universe, LP, 2014 (apparition sur « Saturn »)

Widek, Journey To The Stars, LP, 2015 (apparition sur « Orion II »)

Project Az, Chase Lights, EP, 2015 (apparition sur « Silver Sky »)

Lithium Dawn, Tearing Back The Veil I : Ascension, LP, 2015 (apparition sur « Point Of No Return »)

Allure Of Stellar, Azimuths, LP, 2016 (apparition sur « Atlantis »)

Cyranoi, Exist, EP, 2016 (apparition sur « Flesh And Mind »)

Set Course For Andromeda
Sithu Aye
2016
Autoproduction

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