Revue musicale 2015 : le deathcore et le metalcore, encore et en core

Memphis May Fire Live

Comme le djent, le style « core » règne en roi et maître sur le marché de la musique émergente. Par ailleurs, il existe presqu’autant de formations de metal progressif que de déclinaisons du genre : cybermetal, prog core, doomcore, black metal, folk metal, viking metal, metal neo-classique, power metal, avant-garde metal, jazz metal, death metal, death mélodique, deathgrind, post-hardcore, post-metal, grindcore, deathcore, metalcore et un tas d’autres termes à l’emporte-pièces. Or, le deathcore et le metalcore, des styles très techniques aux spectres vocaux très variables, se caractérisent par la présence de basses très marquées, une polyrythmie presque épileptique, une technicité de la batterie à décourager les vieux routiers du metal, de même qu’une démonstration exemplaire de pluridisciplinarité vocale (car le chanteur de deathcore s’arrache la trachée à hurler alors que le chanteur de metalcore alterne entre le growl le plus mordant et le chant de ténor le plus limpide qui soit). Certains aiment, d’autres détestent.

A priori, l’auditoire de chacun est diamétralement opposé. Ceux qui adorent le chant gore du deathcore et sa brutalité, son énergie sombre et sa batterie fulgurante, méprisent généralement le chant clean et presque pop du metalcore. Toutefois, les fans de deathcore n’osent pas nier les prouesses techniques de la batterie et la guitare farcie d’arpèges du metalcore. Certains admettent même que sans la voix clean du second genre, cette musique serait probablement à leur goût. Après tout, les deux écoles font dans un sous-genre du metal progressif. Leurs créneaux respectifs partagent donc certains aspects : un musicien de « core » est un musicien qui a fait ses classes et connaît ses gammes et toutes les possibilités qu’offrent son instrument (celui-ci est un explorateur né), un chanteur de « core » a une gorge en titane à l’épreuve des égratignures et a fait un pacte avec le démon (qui d’autre peut avoir une voix aussi caverneuse au naturel ?), les basses sont tellement mises en avant-plan qu’on a l’impression qu’on pourrait causer des secousses sismiques avec de pareilles fréquences… Ça, c’est du « core ».

Et puis, comme pour le djent, le deathcore et le metalcore ont envahi les sites de vente de musique en ligne. Contrairement au djent, cependant, les genres core sont aussi prisés par les sites indépendants tels que Bandcamp et ReverbNation que les plates-formes populaires telles que iTunes. À ce titre, on peut donner raison aux puristes du prog metal comme quoi les deux genres cités plus haut sont les genres « pop » du metal (surtout en ce qui concerne le metalcore avec ses voix qu’on dirait sorties d’American Idol telles que Spencer Sotelo et Garrett Rapp).

Une fois encore, les catalogues deathcore et metalcore sont très vastes. Une nouvelle formation émerge presque à toutes les semaines. Une sélection s’impose donc. Car, comme en toute chose, il y a du bon et du médiocre, de l’énergique et de l’apathique, du convaincant et du « bof ».

D’un côté technique et énergique, les formations deathcore les plus récentes sont, à mon avis, les plus intéressantes. Tout simplement parce qu’elles déménagent et parce que l’ingénierie sonore y est totalement infernale (dans le sens positif du terme). De ces noms, mes préférés sont Eyes Cast Skyward, Oceans Ate Alaska (un deathcore avec un vocal de black metal vraiment génial et tétanisant), Pangea, Pathways (attention, je parle du Pathways de Floride, pas celui d’Allemagne !), She Was The Universe et Voynich Code. Pourquoi ces formations plutôt que d’autres ? Parce que ça défoule, parce que ça matraque, parce que les guitaristes égrènent et « shreddent » les notes comme des Satriani sur les amphétamines et parce que leur énergie est communicative. Or, mon groupe de deathcore préféré « of all times » est probablement le groupe français The Mothman Prophecies, car avec seulement 3 titres parus à ce jour, ils ont su me gagner. Et la basse de Manu Ki-haï est totalement déjantée. Point de vue « classique à ne pas négliger », les Américains de August Burns Red et de Chelsea Grin doivent faire partie de toute collection de disques deathcore.

Deathcore Metalcore 2015

Voilà pour le deathcore, un style que j’aime bien, mais dont je suis incapable d’écouter plus de deux ou trois morceaux d’affilé. Mon cœur balance davantage pour le metalcore, car bien honnêtement, je préfère les musiques qui font dans la variation d’ambiances, les alternances d’accalmies et de montées de rage. Et ça, le metalcore en regorge. C’est même ce qui le caractérise. En fan de musique classique, de jazz et de post-rock, j’exige de la musique des nuances et des modulations. Le metalcore, comme le metal progressif en général, résout cette attente. Cependant, s’il y a un genre quasi-envahissant sur la scène metal internationale, c’est bien le metalcore. Et là, c’est carrément noir ou totalement blanc; un groupe est excellent alors qu’un autre donne la gerbe tant celui-ci fait dans la mièvrerie et le cliché. Les formations que j’évite comme la peste parlent souvent d’amours déçues, de tromperie, de nostalgie adolescente, de rage pubère et de suppliques. La musique de ces groupes est généralement plus « soft », plus pop, plus « upbeat ». On l’appelle également screamo (contraction de « scream » et de « emo »). De cette catégorie, il y a tout de même certains groupes que j’affectionne (en oubliant les textes). De ceux-là, From First To Last, The Color Morale, For All Eternity et For All I Am sont les exceptions. Je dois également avouer que l’album Dead Trees, le dernier de From First To Last, est l’un de mes coups de coeur de l’année 2015 (peut-être est-ce dû à la présence de Spencer Sotelo, l’homme derrière Periphery). Idem pour For All Eternity (j’ignore pourquoi, mais l’énergie de ce groupe a un effet curatif sur moi).

À mon avis, Capture The Crown, Outline In Color, Phinehas, Via Versus, Wolves At The Gates et Memphis May Fire sont des incontournables (l’album Unconditionnal de Memphis May Fire est une fantastique brique dans la figure). Par ailleurs, tout ce que touche Garrett Rapp devient tout simplement de l’or. La musique de In Heart Wake, The Light Iris, Goodbye Blue Skies et Weight Of Atlas est là pour le confirmer.

En somme, il existe du bon et du moins bon, du kitsch et du vif, du pleurnichard et de l’enragé chez un groupe ou un autre. Il faut faire le tri et ne pas se laisser décourager aux premières découvertes. Car si un groupe de metalcore vous déplait par son côté un peu trop pubescent et un tantinet trop émotif, cela ne veut pas dire que la prochaine formation metalcore sur laquelle vous tomberez possèdera les mêmes défauts. Il faut rester ouvert. Avec un tel état d’esprit, je suis tombé sur des joyaux. À vous de jouer, à présent.

***

Une fois encore, la notation des formations sélectionnées repose sur des critères subjectifs, mais soigneusement établis. De ceux-ci, il faut mentionner l’originalité, l’énergie et le rythme des compositions, la qualité du chant, de même que l’efficacité de la production en général. La note de passage est de 5 sur 10. Il en va de même pour les sections deathcore et metalcore. Pour les autres formations dont le score est inférieur à 5, eh bien, on n’en a pas grand chose à cirer… (rires).

Deathcore

• August Burns Red
(Pennsylvanie, É-U) 8/10
• Chelsea Grin (Utah, É-U) 7/10
• Direwolves (France) 7/10
• Eyes Cast Skyward (Australie) 8/10
• Flamorn (Russie) 6/10
• Ghost Brigade (Finlande) 5/10
• Left For Wolves (Australie) 5/10
• Like Moths to Flames
(Ohio, É-U) 5/10
• Mothman Prophecy, The (France) 9.5/10
• Oceans Ate Alaska
(Royaume-Uni) 9/10
• Pangaea (Wisconsin, É-U) 8.5/10
• Pathways (Floride, É-U) 7/10
• Reactive Delusion (Argentine) 7/10
• Sever The King (Allemagne) 6/10
• She Was The Universe (Russie) 8/10
• Victims (République tchèque) 6/10
• Voynich Code, The
(Portugal) 7.5/10

Metalcore
• Afterimage, The
(Ontario, Canada) 7/10
• Arcane Haven
(Pennsylvanie, É-U) 6/10
• Blessthefall (Arizona, É-U) 6/10
• Burn After Me (Italie) 5/10
• Capture The Crown
(Australie) 8/10
• Color Morale, The
(Illinois, É-U) 9/10
• Exist Immortal
(Royaume-Uni) 7/10
• For All Eternity (Australie) 8/10
• For All I Am
(Illinois, É-U) 7.5/10
• From First To Last
(Arizona, É-U) 9/10
• I Am King
(Pennsylvanie/Texas, É-U) 8/10
• In Heart Wake (Australie) 8/10
• King Is Dead, The
(Royaume-Uni) 5/10
• Light Iris, The
(Californie, É-U) 7/10
• Lower Definition
(Californie, É-U) 6/10
• Memphis May Fire
(Texas, É-U) 9/10
• Mutiny Within
(New Jersey, É-U) 7/10
• Outline In Color
(Oklahoma, É-U) 8/10
• Phinehas (Californie, É-U) 8.5/10
• Submerge (Alberta, Canada) 6/10
• To The Gallows (Australie) 6/10
• Via Versus (Texas, É-U) 9/10
• Wage War (Floride, É-U) 7/10
• We Came As Romans
(Michigan, É-U) 6/10
• Weight Of Atlas (Écosse) 7/10
• Westshore Falls
(Colombie Britannique, Canada) 5/10
• Wolfwaker
(Californie, É-U) 5/10
• Wolves At The Gates
(Ohio, É-U) 8/10
• Wovenwar
(Californie, É-U) 8/10

Dany Larrivée

 

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