Revue metal extrême 2016

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Forgé sur l’enclume : revue de metal extrême 2016

Au courant de l’année, je vous ai suggéré certains albums coup de cœur tels que Magma (Gojira), Depression Neverending (Foray Between Ocean), Deranged (Solinaris), Ides of March (Ordinance), Epitaphs (Obscure Sphinx), Resurrection (Orissa) et le sublimissime King de Fleshgod Apocalypse. Déjà, avec ces disques, on pouvait se dire que 2016 allait être une excellente cuvée. Mais bon, d’autres perles se sont joint à cette liste et le temps me manque afin d’écrire une chronique pour chacun des albums de metal extrême qui m’ont marqué cette année.

Tout d’abord, il me semble que nous avons été choyés cet hiver avec la sortie d’Akróasis, le petit dernier du groupe death technique Obscura. L’année augurait fort bien dans le genre. Des titres survoltés, une technique toujours aussi assurée et des airs un tantinet plus accessibles que par le passé (des titres un peu moins progressif, un peu plus death), un mixage et une production impeccables, voilà ce que nous a offert Akróasis. Car il faut admettre que Cosmogenesis et Omnivium avaient ce défaut de donner un peu trop de place à Linus Klausenitzer, notre prodige de la basse fretless. Sur le dernier album, ce décalage parfois irritant est évité. La place des batteries et des guitares est amplement occupée, guidant les rythmes épileptiques de cette musique hors du commun. Et à certains passages, notamment dans les bridges, on a laissé toute la latitude au bassiste (pour que celui-ci se défoule). De toute évidence, on a produit l’album dans un soucis de puissance et d’efficacité et non dans une optique où l’on aurait voulu présenter des bêtes de foire nous amusant de leurs prouesses techniques individuelles comme ce fût la cas par le passé. Il s’agit, à mon avis, du meilleur album du groupe allemand. Un incontournable pour les amoureux de death progressif et de metal extrême en général. Ici, les mots sont inutiles, c’est l’écoute qui éprouvera la critique et non l’inverse. Un compagnon idéal pour l’écoute de King, par Fleshgod Apocalypse. Un 9 sur 10 bien senti !

https://obscura.bandcamp.com

Plus près de chez moi, au Canada, la surprise a elle aussi été fort agréable. On sort des sentiers battus, on ose ici aussi. Nos artistes nationaux prouvent qu’une place doit leur être laissée sur la scène internationale. Et pour cause, leur signature est particulière. On serait même tenté de parler d’école tant celle-ci possède un parfum qui lui est propre. On se souviendra du black metal engagé de Forteresse dans Thèmes Pour La Rébellion, une musique militante, historique qui prend position autant dans la sphère politique (celle des nationalistes) que dans la sphère musicale (le groupe est classé au second rang du palmarès des meilleures formations black metal canadiennes selon Metal Insider).

http://www.sepulchralproductions.com/products/forteresse-themes-pour-la-rebellion-cd

Chez Divinity, formation death progressive originaire d’Alberta, dans l’Ouest canadien, on retrouve également cette volonté de faire différemment. Un son américain, des compositions dignes des grands noms du metal progressif européen, mais un ensemble singulier qui rend la chose indépendante d’influences. Leur troisième opus, The Immortalist part II : Momentum, est d’un death technique qui rappellera aux connaisseurs de metal canadien un je-ne-sais-quoi du thrash légendaire d’Anonymus (un emblème, chez moi, au Québec). À certaines occasions, on sentira la verve de Soilwork et Scar Symmetry à travers les passages clean de la pièce « Manhunt » ou l’énergie décapante du groupe Kataklysm dans sa batterie borderline et/ou schizophrène. Mais outre mesure, la musique de Divinity me semble unique et désireuse de se distinguer sans faire appel aux canons du genre. Un coup de cœur certain pour cette année, même si un EP de quatre morceaux me laisse quelque peu sur ma faim. Et puis, à la limite, si vous avez encore un petit creux, tapez-vous The Immortalist part I : Awestruck, paru en 2013. Mise en garde cependant  : le son est nettement inférieur, bien que les compositions soient tout autant intéressante et de calibre comparable.

https://divinitymetal.bandcamp.com

 

Du côté de chez From Dying Suns, on retrouve également cette audace et cette volonté d’authenticité que l’on retrouve dans le metal forgé au Québec. Fraîchement sorti des presses, le EP Transcending Flesh mélange les airs death technique, djent et metal progressif alors que le groupe n’arrive pas à faire de compromis. Six morceaux de pure violence, de mitraille et de distension du myocarde, six morceaux qui démontrent qu’au Québec, on a le metal dans le sang au même titre que nos cousins nord-européens. Entre nordistes, entre hyperboréens, on se comprend ! Le froid nous a forgé dans une matière solide, brute et inaltérable, ce doit être ce qui fait de notre musique ce qu’elle est : une musique lourde qui a de la pêche et de la hargne. En dignes fils de Thor, nous frappons la batterie comme une enclume, nous égrenons les notes sur nos guitares comme des fils du tonnerre. C’est ça, la musique nordique (et ça s’entend !).

Enfin, bref, tendez l’oreille vers ce nouveau phénomène musical qui fera à coup sûr la fierté de mon coin de pays (et plus loin encore). Et puis, réflexion en prime, Lamb Of God a de quoi craindre avec la venue de cette formation québécoise, car elle rivalise d’énergie et de technique avec la formation américaine. Pour qui aime Lamb Of God, From Dying Suns est autant couillu, sinon davantage (je trouve même que la formation québécoise est plus versatile et moins redondante que Lamb Of God à certains égards, mais cela n’en tient peut-être qu’à moi). La présence d’Antoine Baril, l’ancien batteur du groupe Augury, renforce sûrement à cette impression (pour qui connaît Augury, vous comprendrez que la redondance est un concept inconnu à la formation).

https://fromdyingsuns.bandcamp.com/releases

De retour à l’étranger, en un voyage metal qui ne semble n’avoir aucune destination précise, mais un objectif qui confère au pèlerinage, je suis tombé coup sur coup sur la formation californienne The Zenith Passage, puis sur le groupe suisse A Thousand Years Slavery. Ici encore, ça déménage ! On matraque la batterie comme s’il fallait s’acheter un nouvel instrument de percussion à chaque semaine. C’est expéditif comme un coup de Doc Martin’s dans le bide ou une attaque au pied de biche droit sur la tempe. On se demande s’il faut se relever pour irrémédiablement être asséné d’un autre coup ou s’il faut faire le mort, gentiment étendu par terre dans sa propre marre de sang. C’est violent et cathartique à la fois.

Chez The Zenith Passage, on imagine mal suivre les doigts des guitaristes et du bassiste pour leur chiper leur partition. À moins d’avoir en sa possession un super télé-objectif muni d’un stabilisateur ultra efficace ! Un appareil pour photographier des courses de Formule 1 n’y fera probablement pas. Leur dernier album, Solipsis, est à la fois lourd et véloce. Du gros calibre dans le genre death progressif. Or, je crois encore préféré Cosmic Dissonance (2013) pour son caractère moins irascible. Car, il faut l’admettre, Solipsis semble exprimer une colère très prégnante. Néanmoins, tout cela n’est qu’apparences, car comme pour Obscura, Gorguts ou Gojira, les textes de The Zenith Passage sont axés sur des thèmes intelligents, telles que les théories de l’univers, les forces cosmiques, le vaste et l’infini. Des paroles qui nécessitent une intelligentce certaine, intelligence que les musiciens de The Zenith Passage concentrent également dans leur musique…

https://uniqueleaderrecords.bandcamp.com/album/solipsist

Du côté de l’album Decade de A Thousand Years Slavery, on côtoie par moment un djent correspondant aux codifications du genre. C’est le cas notamment dans certains morceaux tels que « The Last Telegram » et « Forget The Sunlight » où l’on distingue les guitares en drop D ainsi que les alternances growl et clean dans le chant (en référence, nous pourrions comparer ces morceaux avec certains titres des groupes djent ERRA et Monuments). Or, même dans ce cas précis, le death progressif prend l’avantage et domine. A Thousand Years Slavery est une sorte de metal ambivalent qui concilie les deux genres sur un même plan musical. Et le résultat me paraît convainquant et plutôt équilibré. Violent, mais juste assez, hurlant, mais pas trop, déjanté, mais structuré, c’est ce que vous livrera la formation helvétique.

https://athousandyearsslavery.bandcamp.com/releases

Deux autres découvertes et coups de cœur m’ont fait sortir de ma zone de confort et m’ont forcé à admettre qu’on peut toujours se surprendre soi-même. Je n’aime pas le dire, mais le metal féminin m’a toujours laissé de glace. Il y manque toujours quelque chose pour que le tout soit à mon goût. Oui, il y a bien quelques exceptions. Kitty m’a surpris autrefois, le vieux Hole m’attirait également et Arch Enemy m’a sidéré et me sidère encore. C’est le cas également avec Jinjer, une formation metal d’Ukraine dont l’album King Of Everything m’a suivi tout l’été. La pièce « I Speak Astronomy », notamment, m’a laissé à la renverse. Essentiellement djent, la piste révèle la voix polyvalente et le talent débordant de la fort jolie metal head Tatiana Schmailyuk, dont l’énergie et le caractère n’ont rien à envier aux figures emblématiques du metal masculin. À la fois mélodieuse et hargneuse, la voix de Tatiana prouve que le metal n’est pas exclusif au chromosome Y. Du metal féminin sans compromis, à la bonne heure !

http://www.jinjer-metalband.com

Mon admiration pour le metal féminin actuel va également à l’endroit du groupe belge Oracles. Il s’agit de death mélodique où la voix clean de Sanna  Salou côtoie le growl masculin de Sven de Caluwé et de quelques invités triés sur le volet. Expéditives, brutes, les compositions de l’album Miserycorde sont comme une tonne de briques. Technique, sans vouloir épater en vain, emballant comme il se doit, ce tout premier album est produit sans aucune faiblesse; du travail de pro (on ne s’attendrait pas moins du producteur Jacob Hansen, l’homme derrière Volbeat, Epica, Amaranthe et Aborted). On sent toute une expérience derrière l’ensemble. Et lorsque l’on cherche un peu, on découvre également que la formation provient de divers horizons, ce qui explique cette expérience évidente : le chanteur De Caluwé, le guitariste Mendel Bij de Leij et le batteur Ken Bedene proviennent du groupe deathgrind Aborted, Salou provient de la formation metal symphonique grecque Dimlight. Si vous vous intéressé à l’album, une énorme surprise vous attend : la piste 10 est un cover de la légendaire chanson de Marilyn Manson « The Beautiful People ». Et là, c’est le fan de Manson qui parle : je ne sais pas quelle version est ma préférée.

https://oraclescult.bandcamp.com

Bombes à retardement

Finalement, même s’il ne s’agit pas d’albums parus en 2016, force m’est d’admettre que je ne pouvais passer à côté de deux récentes découvertes. En fait, je suis littéralement tombé en amour avec Victim Of The Evolution, le premier album de la formation death mélodique russe The Nomad. J’y trouve tout ce que j’aime : une batterie puissante et complètement survoltée, des guitares techniques et saturées, une voix qui domine et impose le rythme. Je n’ose même pas imaginer la bande sur scène. Les mecs doivent avoir une énergie débordante. L’album est paru en juillet 2015, la formation est encore jeune, mais avec la bonne stratégie marketing, on peut s’attendre à quelques albums encore. On souhaiterait qu’une tournée ait également lieu, car tout ça mérite de glorieux lendemains !

http://www.last.fm/music/The+Nomad/Victim+of+the+Evolution

Quant au groupe groove/thrash metal français Deficiency, je vous invite à écouter l’album The Prodigal Child (2013), car c’est très bien foutu. Soli interminables à la Dave Mustaine, batterie à la Chris Adler, énergie de tout les diables et compositions solides comme le roc de Gibraltar. Pour ma part, j’achète. J’espère même un nouvel album pour bientôt (or, aucune nouvelle de ce côté là). Aux amateurs de Megadeth, le groupe de la région de Lorraine plaira assurément. Le premier album State Of Desillusion (2011) en revanche, est plutôt quelconque. Il ne m’a fait que peu d’effet. La médiocre production n’aidant pas la cause…

http://www.deficiency.fr

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En terminant, si je puis me permettre, je vous suggère très fortement de vous frotter au black metal symphonique du groupe italien Darkend. Je vous suggère plus spécifiquement l’album The Canticles Of Shadows (2016). Un vrai bijou de la trempe d’Hecate Enthroned, Abyssos ou le vieux Cradle Of Filth (vous savez, le sombre et poétique Cradle de l’époque Dusk And Her Embrace et Vempire : Dark Faerytales In Phallustein). Et pour le black metal progressif expérimental du groupe grec Aenaon (excusez le terme fourre-tout), je vous propose de l’explorer avec, à l’esprit, toute l’ouverture dont vous êtes capables. Pour les plus audacieux, il s’agira d’une découverte sans précédent. Pour moi, il s’agit de deux énormes coups de cœur…

https://darkend.bandcamp.com

https://aenaon666.bandcamp.com

Dans ces deux cas, j’irai plus en détails lors de chroniques complètes. Je ne vous lance actuellement que ces quelques pistes. Demeurez vigilants, ces papiers paraîtront au courant du mois de décembre.

Bonne écoute et bonne prospection !

Dann ‘the djentle giant’

 

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