Piano – Salvage Architecture

Piano-Salvage Architecture

« Piano », voilà qui sonne plutôt italien, français ou tout autre langue latine. D’autant plus lorsque l’on pense que le mot renvoie à un instrument classique, mais aussi au qualificatif « doux » en latin (ce qui sied très bien à la musique du groupe en question). Pourtant, ce nom provient du Royaume-Uni et ne renvoie nullement à de la musique classique. Pourquoi alors avoir choisi un pareil nom ? Difficile à dire. Les mecs de la formation britannique affirment que le choix du nom est à la fois poétique (par allusion au caractère ambient de l’instrument) et évocateur (si l’on pense à la palette sonore et aux harmonies qu’il offre).

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Piano fait dans le progressif et le post-hardcore depuis plus de 10 ans. Formé officieusement en 1998 par Jeremy « Jez » Mortimer, un guitariste originaire de Winchester et Christopher Haywood, un bassiste/vocaliste londonien alors qu’ils n’ont que 14 ans, le groupe ne prend officiellement naissance qu’en 2003, époque où le pianiste, claviériste et batteur londonien Ciaran Cahill se joint à eux et participe à l’enregistrement de Monogamy Is Encouraged, un EP lancé en 2005 sous le jeune label japonais Zestone Records (fondé en 2004). Le groupe, mené alors par le chanteur Ben Jones, fait alors peu de bruit. Bien que les ventes de disques aient été favorables de prime abord, les spectacles organisés en sol anglais sont encore peu courus par le public. Les coûts reliés à l’organisation des concerts et l’importante offre musicale en sol anglais étant des facteurs déterminant, Piano ne suscite qu’un engouement modéré.

Piano-band

Les choses changent progressivement en 2006 avec la venue du chanteur Daniel Tompkins, la voix derrière TesseracT, Skyharbor, First Signs Of Frost, un discret projet solo intitulé White Moth, Black Butterfly, le projet en cours In Colour, de même qu’un tas d’autres collaborations dont le nombre rendrait jaloux Edison et De Vinci (voir la liste ci-dessous). Fidèle à son habitude, le chanteur à la voix zéphirienne transpose sa lumière, son timbre et sa couleur à tout ce qu’il touche. Tompkins, c’est un Midas des temps modernes : tout sous son passage se transmute en or. Et personne ne s’en plaindra, puisque notre ténor a une voix unique, émotionnellement profonde et d’une richesse rare. Figurant d’abord sur The Valediction Of Verse, un second EP réalisé en 2008, le chanteur britannique rehausse la musique de la formation déjà en place. Dans les faits, les événements s’enchaînent dès son arrivée au sein de la formation. Car, outre une tournée britannique et quelques concerts en France et aux États-Unis entre 2006 et 2008, Piano n’avait que peu de projets immédiats. Au même moment Hayato Taguchi, directeur général de Zestone Records, s’est rendu à l’un de ces concerts afin de faire une proposition au quatuor : celle de se produire au Japon pour une tournée (nous sommes alors en 2006). Le succès est instantané. L’archipel asiatique est aussitôt conquis, permettant à Piano d’effectuer une seconde série de spectacles en sol nippon au cours de l’année 2008.

Tompkins, fort occupé avec ses autres projets, délaisse pour un moment le collectif britannique. Mise à part une série de spectacles organisés en République tchèque en 2013 et quelques dates éparses en Ukraine, le groupe fait une pause. Ces 6 années d’inactivité auront néanmoins été profitables puisqu’elles nous permettent de profiter d’un album mature, abouti et réalisé sans hâte.

Salvage Architecture, le premier long-jeu de la formation post-hardcore, est une œuvre totalement enivrante. Un bel ajout au curriculum du chanteur de Nottingham et un prolongement naturel au travail de TesseracT et de Skyharbor, deux groupes adulés par les scènes djent et progressive européennes quoi ! D’une sensibilité incomparable, la musique feutrée de Mortimer et Haywood accompagnée par la voix angélique de Tompkins offrent à l’auditeur une poésie en musique, un film fait de fréquences et de modulations, une œuvre auditive d’une intelligence indéniable. Certaines chansons telles que « Disappearing Ink », « Neptune » et « In Memoriam » font tout simplement rêver. On a l’impression que le studio où ils ont enregistré avec Dan Weller et Justin Hill (membres de SikTh) est recouvert de velours mur-à-mur et qu’il a été bâti au sommet d’une montagne à la crête embrumée. Hormis les quelques « backing vocals » décalés et plus ou moins justes des pièces « Expire », « Scalene » et « Dust To Dust » exécutés par Mortimer et Haywood, on peut difficilement reprocher quoique ce soit à cet album (sinon qu’un soupçon d’agressivité ici et là aurait pu ajouter un peu de piquant à l’ensemble). J’ai été charmé aussitôt par la fluidité et l’harmonie de ce disque, et ce, dès la première écoute. Peut-être aurais-je eu la même appréciation pour Polaris s’il n’avait été associé à TesseracT (voir ma critique de septembre 2015 à ce sujet).

Pour le coup, notons que Piano est entre de bonnes mains. Après tout, Zestone Records fait dans le grand metalcore et le deathcore avec des formations renommées telles que Like Moths To Flames, In Heart Wakes, Architects et First Signs Of Frost (un groupe avec qui Tompkins travaille également). Puis, il semble manifeste que le Japon a littéralement adopté le groupe. Reste à savoir si l’agenda de Tompkins et les nombreuses dates de TesseracT lui permettront de se consacrer au présent projet. Ma crainte est qu’il est possible que tout cela n’ait pas de lendemain, considérant la séparation du chanteur anglais avec la bande de Skyharbor en juillet dernier pour conflit de temps… Tout ça reste à voir. Pour l’instant, profitons de l’écoute de cette fantastique galette. « Carpe Diem », dit le proverbe !

Dany Larrivée

http://www.pianoband.com

https://www.facebook.com/pianoband

https://piano.bandcamp.com/album/salvage-architecture

Discographie de Daniel Tompkins :

Conceiling Fate EP, TesseracT (2010)
One, TesseracT (2011)
Polaris, TesseracT (2014)
Blinding White Noise : Illusion And Chaos, Skyharbor (2012)
Guiding Lights, Skyharbor (2014)
The Valediction Of Verse, Piano (2008)
Salvage Architecture, Piano (2014)
-In Colour (LP prévu pour 2016)
Atlantic, First Signs of Frost (2009)
One Thousand Wings, White Moth, Black Butterfly (2013)
Twenty Twelve, Haji’s Kitchen (chanteur studio, 2012)
Silent Waves, Zeta (single d’un collectif musical, 2015)
August Earth, Absent Hearts (2012)
City Of Glass/Sky Of White, Absent Hearts (demo 2013, double single lancé en 2015)
Artic EP, Absent Hearts/The K. Project (split album, 2010)

Principales collaborations :

A Dream In Static, Earthside (apparition sur la piste « A Dream In Static », 2015)
Primitives, The Room Coloured Charlatan (apparition sur la piste « Nexus Point », 2013)
What Are You Waiting For ?, Cyclamen (demo, 2011)
Origins, Whitefall (apparition sur la piste « Causality », 2015)
The Meaning of I, Voyager (apparition sur la piste « The Pensive Disarray », 2011)
Dzyen, Dzyen (apparition sur la piste « Digital Senseless », 2013)
Time Runs Out, Terranaut (single, 2011)
Secrets Nobody Keep, Jon Gomm (duo, chanson « Ain’t Nobody », reprise inédite de Chaka Khan)
Gnosis, Monuments (apparition live, chanson « Denial »)
Essence, Omertah (apparition sur la piste « Oceans », demo 2012)

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec).

Salvage Architecture
Piano
2014
Zestone Records

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *