Oni – Ironshore

« Ladies and djentlemen, from Ontario (Canada), please welcome : Oni ». Et c’est là que vous devriez entendre une batterie se décarcasser et des guitares dégainer comme des mitraillettes avec une sono d’enfer. Imaginez-vous au show de Letterman avec ces six mecs devant vous. Deux guitaristes, deux chanteurs, un bassiste, un batteur et un… joueur de xylosynth (what the fuck ?).

Techniquement, ces musiciens assurent. Ça déchire grave au pays du djent ! Et on ne s’en plaint pas… D’autant plus que la formation s’avère originale et pousse un peu plus loin le djent devenu « classique » et redondant (employer le terme « classique » pour parler d’un courant musical qui a à peine dix ans me donne la gerbe, mais on doit admettre que le djent est superbement codifié, normalisé et pris dans un certain carcan depuis un bout déjà). Oni mélange le death metal progressif au djent, c’est déjà une innovation. Puis, vient l’ajout de cet instrument totalement inattendu, l’O.V.N.I. par excellence : le xylosynth. Il s’agit d’un instrument électronique à percussion. Un instrument hybride, comme son nom l’indique, entre le synthétiseur et le xylophone. D’emblée, on serait portés à croire qu’il s’agit d’un instrument de chochotte ou d’un jouet pour enfants ; bref, quelque chose de totalement insignifiant. « Hiiiiiiiiiin, wrong answer (son de buzzer) ». L’instrument a vraiment sa place dans les compositions du groupe. En fait, il faut préciser que l’instrument sonne comme on le désire. On peut programmer le xylosynth pour lui donner une sonorité de bois, de metal, de cordes, bref, ce que bon vous semble. C’est la beauté de la portion synthétiseur de la chose ; suffit de programmer un échantillonnage ! Et c’est justement ce que fait Johnny DeAngelis avec son bidule accompagné de ses quatre baguettes de xylophone en mousse rouge.

L’usage de cet instrument est une réelle valeur ajoutée, croyez-moi. Et puis, vous ne sauriez jamais qu’il s’agit d’un xylosynth. Au mieux, vous croiriez qu’il s’agit d’un synthétiseur classique que l’on peut entendre dans n’importe quelle formation progressive. DeAngelis l’utilise, pour sa part, comme une guitare déjantée. Ses soli, assurés à l’aide de ses quatre baguettes, sont d’une rapidité inégalée. Un guitariste aurait probablement besoin d’une troisième main pour y arriver, d’où la nécessité de l’instrument, notamment dans « Eternal Recurrence » (voir la vidéo à 2:37) et dans « Barn Burner » (vers 3:15, si vous n’êtes pas tombés à la renverse, vous êtes difficilement impressionnables !). On comprend donc aisément que la vélocité est l’un des mots d’ordre de la formation.

Outre cette sympathique particularité, il devient crucial de souligner l’excellence de ces musiciens. Compositions impeccables, techniques, ingénieuses et grisantes, brillante ingénierie de la proportion, tout y est. La brutalité du death progressif côtoie la finesse du djent au chant clean dont je ne me lasserai probablement jamais (car j’estime que le djent a sauvé mon estime du metal vingt-et-uniémiste, puisque le metal qui ne fait que grogner me soûle rapidement et pendant une certaine période, on ne retrouvait que ça !). Enfin, bref, on remarquera le talent et la superbe présence de Chase Bryant à la basse (ex-membre du groupe metalcore Aquila), de même que la virtuosité incontestable de Martin Andres, tous deux de la formation djent/fusion ontarienne Pomegrenate Tiger, le frère jumeau d’Animals As Leaders. On remarquera également le shredding dément du guitariste Brandon White, ex-deathcoriste de Assassinate The Following et la batterie cataclysmique de Joe Greulich, batteur pour le groupe indépendant Sledgehammer (avec qui celui-ci partage la scène accompagné du xylo-claviériste DeAngelis).

La pièce qui m’a d’abord plu est « Barn burner ». C’est d’abord la batterie de Greulich qui m’a sidéré. Dès la trentième seconde de la piste, on comprend que ce batteur est complètement fou. La formation ne peut qu’être commanditée par Red Bull ou Monster (ou une marque clandestine d’amphétamine), il ne saurait en être autrement. La vitesse à laquelle le groupe égraine ses gammes me paraît surhumaine. Mais si généralement la simple vélocité ne fait pas le travail chez moi (on s’en fout que ce soit rapide, il faut d’abord que ce soit bon), ici elle m’a charmé et a piqué ma curiosité. Ensuite m’est venue mon appréciation des titres pour leur structure. J’ai peut-être été facilement impressionnable sur ce dossier-ci, je dois l’admettre. Mais putain, ça déménage ! Et j’aime quand c’est plein d’énergie, de dynamisme, de bosons de Higgs qui se précipitent partout comme des atomes fous en collision entre eux pour créer de la matière noire ou du plasma.

Puis, Oni est une musique intelligente, à n’en pas douter. Comme tout bon djent, le djent/death prog d’Oni fait de l’espace et de l’univers son sujet central. On y traite de cosmogonie, d’univers des possibles, de transcendance, mais aussi de civilisations intelligentes du passé et de spectres puissants orchestrant le temps et les événements (le terme Oni est d’ailleurs relatif à un démon de la mythologie japonaise prenant la forme désirée par celui-ci, un peu comme le Ubik de Philip K. Dick, ce produit, cet objet, cet être, cette chose qui revêt n’importe quel aspect).

Sans m’attarder sur une pièce en particulier, je tiens seulement à dire qu’Ironshore est un premier album, mais qu’il n’en n’a pas l’étoffe. On dirait un album abouti suite à une bonne dizaine d’années de carrière. La maturité des compositions, du son, de sa production en fait une œuvre très accomplie. Ce n’est pas pour rien que Children Of Bodom les invite à s’afficher en première partie de leur spectacle et que Metal Blade Records, ce géant parmi les labels metal, s’est empressé de faire signer ces talents brutes. Pour les fans de Meshuggah (même si je n’en suis pas un moi-même), Oni est un must.

En terminant, ne manquez pas les prestations époustouflantes de la formation canadienne lors de leur passage en France du 14 au 18 mars. D’ici la fin mai, aucun autre spectacle n’est prévu dans le secteur français. Il faut donc saisir l’occasion ! Voici donc les dates près de chez vous :

14 mars, Le Cargo (Caen)

15 mars, L’Échonova (Saint-Avé)

16 mars, La Nef (Angoulême)

17 mars, Disney, le File 7 (Magny-le-Hongre)

18 mars, Le Metaphone (Oignies)

 

http://www.theoniband.com/

https://www.facebook.com/TheOniBand/

https://onimetal.bandcamp.com/album/ironshore

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Note : ne pas confondre avec la formation sludge islandaise du même nom. Ça n’a carrément rien à voir…

Ironshore
Oni
Metal Blade Records/Blacklight Media
2016

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