Olivier Briand – Random Control

Olivier Briand – Random Control

S’il existe bel et bien un courant désormais établi et une scène vivante des « musiques électroniques progressives françaises », Olivier Briand en est l’un des icones majeurs et des plus talentueux représentants. Cela fait maintenant une vingtaine d’années (depuis la parution de son premier album intitulé « Au Delà Des Nuages », publié en 1993) que le musicien nantais fait honneur à l’héritage des pionniers allemands, en produisant des œuvres électroniques s’inscrivant dans cette fastueuse tradition et filiation stylistique. A travers son œuvre aussi variée que personnelle, il continue à explorer les possibilités infinies des claviers et de la lutherie analogique, tout en s’ouvrant de nouveaux horizons créatifs en combinant le potentiel des technologies vintages et modernes. Homme d’expérience, Olivier Briand affiche un CV musical fort impressionnant. Il commence en effet a étudier sérieusement le piano durant l’enfance, avant de poursuivre sa formation en parfait autodidacte, longue période durant laquelle il va se forger une vraie passion pour l’instrumentarium électronique (mais pas que !) qui finira par asseoir sa réputation de compositeur. A la fin des années 80, l’artiste ne se consacre plus qu’à la musique et à la scène, développant son métier d’ingénieur du son en studio ou dans le cadre de spectacles, pour aller ensuite former lui-même des enseignants sur les nouvelles techniques de l’informatique musicale.

En parallèle à ses diverses activités professionnelles, Olivier Briand n’a de cesse de réaliser des compositions et enregistrements pour les besoins de créations théâtrales, chorégraphiques ou cinématographiques, sans oublier bien sûr ses propres albums, en autoproduction ou sur le label Musea. L’un d’entre eux, « Patch Work Music », donnera même son nom à la dynamique structure associative créée avec son ami et complice Bertrand Loreau, également compositeur de musiques électroniques (et résidant à Nantes !). PWM est entièrement dédié à la promotion de cette culture musicale underground, animée et défendue corps et âme par un groupement de synthétistes passionnés, parmi lesquels Moonsatellite, Frédéric Gerchambeau, Marc-Henri Arfeux, Jean-Christophe Allier ou Alpha Lyra, pour n’en citer que quelques-uns. Comme la plupart de ses camarades de l’écurie PWM, la musique d’Olivier Briand est tout particulièrement influencée par les grandes œuvres de Klaus Schulze, Tangerine Dream, ou encore le Jean-Michel Jarre des débuts. Et comme c’est aussi le cas pour tous les autres, Olivier a su se forger une identité bien à lui, sans jamais tomber dans un quelconque plagiat au fil de ses parutions. A travers son style alambiqué, le musicien affectionne tout particulièrement les changements brusques de rythmiques et de climats, avec à la clef des compositions surprenantes, aussi complexes qu’accessibles, et tout particulièrement riches en textures sonores.

« Random Control », enregistré en 2009 dans le studio « vintage » d’Olivier Grall (une véritable caverne d’Ali-baba pour les amateurs de synthétiseurs modulaires imposants et autres vielles machines analogiques bigarrées !) est un opus qui ne fait pas exception à la règle, poussant même encore un peu plus loin les penchants expérimentaux et tourmentés de son géniteur. L’album se décline en trois compositions enchaînées les unes aux autres, dont deux longues suites fragmentées en plusieurs mouvements. Dès les premières notes d' »Andernos Dreams » en formes de modulations électroniques, les 65 minutes qui suivent vous plongeront dans un long voyage fantastique et science-fictionnel à souhait. A travers les méandres de « Random Control », on pense beaucoup à Klaus Schulze (pour le travail de programmation des séquencers) et à Jean-Michel Jarre (pour les nappes douces et oniriques, typiques de la période « Oxygène/Equinoxe »), et ce notamment dans la partie 2.

« Modular Xpérience » est quant à lui plus dense et homogène dans sa structuration, et aussi davantage axés sur la fabrication de climats, globalement sombres et austères. En cela, les cinq premières minutes de la partie 1, dignes du segment central d » »Echoes » de Pink Floyd (les corbeaux en moins), sont particulièrement prenantes, pour ne pas dire inquiétantes. L’aspect cinématique (fantomatique ?) de cette ambitieuse pièce de choix n’est pas laissé de coté dans son lent développement, en témoigne cette excellente partie 3, avec quelques sonorités caractéristiques qui ne sont pas sans rappeler la patte atmosphérique des italiens de Goblin sur de la bande originale du film « Zombie » (« Dawn Of The Dead »), le chef d’œuvre de George A.Romero.

Ces quelques allusions mises à part, nous avons affaire avec « Random Control » à une œuvre de pure musique électronique aussi intemporelle qu’originale, passionnante d’un bout à l’autre, qui devrait donc en conséquence combler les amateurs d’expériences musicales exigeantes et immersives. Comme Bertrand Loreau (déjà chroniqué dans ces pages) et les autres artistes de la planète PMW cités plus haut, Olivier Briand est un musicien de grand talent, créatif et sincère, certes garant d’une tradition de 40 ans, mais pourtant résolument exploratoire dans sa démarche. Il est un de ces artistes « plasticien des sons » à découvrir d’urgence, et à encourager pour que cette scène bien vivante perdure dans nos contrées et au-delà !

Philippe Vallin (8/10)

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Random Control
Olivier Briand
2009
PWM

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