Oblique Rain : la discographie

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Oblique Rain : du metal progressif au pays de Pessoa

Le Portugal nous a donné le Porto, mais pas que… Le pays du poète Fernando Pessoa nous a également donné Moonspell, More Than A Thousand, Colosso et les regrettés Oblique Rain. Bah, par « regrettés », je ne veux pas dire « morts »; je veux simplement dire que la formation est dissoute depuis quelques années. Mais cette disparition a tout de même quelque chose d’heureux, puisque la naissance du groupe Sullen coïncide avec cette dissolution.

D’abord, les conditions idéales pour écouter Oblique Rain seraient probablement d’être conduit par deux jeunes et belles femmes orientales sur un lit fait de coussins moelleux, la pipe à opium tendue et les yeux devenant de plus en plus lourds. Une scénette baudelerienne, quoi. Pas le gros délire, non, parce qu’Oblique Rain ne fait pas du metal psychédélique, narcotique ou parano. La formation portugaise fait plutôt du metal progressif planant qui donne le goût de faire partie de l’air, de devenir particule, molécule et de se faire léger comme le vide.

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Certaines pièces telles que « Silent », Shadows Entwined », « Sights » (Isohyet), « Absent Awry » et « Dawn » (October Dawn) me rappellent le bon vieux metal hybride d’Opeth du temps d’Heritage ou bien encore le metal alternatif et ambivalent de Moonspell (Wolfheart, 1995) et de Katatonia (The Fall Of Hearts, 2016). Or, la musique d’Oblique Rain est aussi une combinaison de compromis où le metal progressif de l’album Post Human (2015) de Sullen s’allie à la complexité et à l’esprit grandiose de Dream Theater (sans le côté plus prétentieux de ses musiciens), mais aussi à l’aspect vaporeux de Riverside et de Porcupine Tree. De quoi satisfaire les attentes du metalleux moyens (car certains passages sont bien lourds), celles des fans de rock progressif (car même s’il s’agit de metal progressif, il ne s’agit tout de fois pas d’un metal agressif), mais aussi celles des fans de musique intelligente, bien développée et moléculairement organisée. Il y a du génie là-dedans ! Et c’est du miel pour les oreilles (doux, mais nettement moins collant).

Là où Opeth a réussi pendant une certaine période à rassembler les amants du gros metal hurlant, les partisans d’un metal mélodique, voire symphonique, de même que les amateurs de rock progressif plus ouverts, Oblique Rain est parvenu sensiblement aux mêmes fins, mais à une échelle réduite (puisque la formation n’a réalisé que deux albums depuis sa formation en 2004 jusqu’à sa dissolution en 2012).

Déjà dès la parution d’Isohyet en 2007, on pouvait affirmer que la formation originaire de Porto connaissait d’emblée sa direction. La voix passionnée de Flávio Silva allait nous charmer, avec son timbre à la fois Jeff Martin (The Tea Party) et Fernando Ribiero (Moonspell), se mariant à un brillant trio de guitares qui cimente la structure progressive de cet édifice.

Pas une mesure ne semble de trop, pas un passage n’est malmené ou amené de force par le simple caprice de ses compositeurs. La formule chimique qui lie tous ces éléments a priori hétérogènes est stupéfiante. C’est une chimie de talents, d’union et de proportion. Chaque composante se greffe à l’ensemble de chaque chanson, à sa place, sans prédominance ni retrait. C’est ce que l’on pourrait qualifier de « musique équilibrée ».

Il en va de même pour October Dawn, le second et dernier album du groupe, paru en 2009. Or, celui-ci est un peu plus affirmé, plus posé, plus puissant, plus direct, bref plus proche du metal que du rock progressif. Quelques flammes s’élèvent des braises ardentes. En revanche, cette nouvelle affirmation lui sied pourtant très bien. Les guitares, un poil plus denses, couvrent la majorité du canevas sonore, accueillant la voix comme si elle n’était qu’un trait définissant les contours de l’œuvre. En fait, j’exagère un tantinet, car une fois encore, l’équilibre est au rendez-vous, laissant la place à tous les instruments, mariage parfait où l’individu ne perd pas sa place au détriment du couple.

En somme, l’ensemble est réellement plus metal, on ne peut le nier. D’ailleurs, des pièces telles que « Soul Circles », « Reminiscences » et « Inanity » n’auraient pas eu leur place sur le premier album du groupe même si on compte parmi Isohyet un titre pourtant assez lourd : « Nothing’s Silence ». Et c’est là où Oblique Rain n’est pas entêté ou borné. La formation portugaise semble être portée vers l’expérimentation dans les zones moins familières. Ces derniers morceaux le démontrent bien, car ils tranchent légèrement avec les pistes plus sereines que l’on remarquera sur l’ensemble des deux albums.

Cette hybridité, cette dualité, voire cette complémentarité, on la retrouvera tout autant chez Sullen, le pendant d’Oblique Rain. Car il faut le souligner, l’équipe qui forme les deux projets est sensiblement la même; seul le chanteur s’en est allé. En revanche, cette connexion entre les quatre membres communs à Oblique Rain et Sullen se ressent encore très bien, alors que le compositions sont tout aussi assurée qu’auparavant. La perte initiale est donc moins fatale, puisqu’on retrouve également du bon dans le projet actuel (et pas qu’un peu !). C’est donc un soulagement…

Dann ‘the djentle giant’

Coup de Coeur C&Osmall

https://obliquerain.bandcamp.com

(albums complets disponibles pour téléchargement gratuit)

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