Oathbreaker – Rheia

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Rheia est décharné. C’est une maigreur qui apostrophe, hurle, une rage prenant différentes formes, mutant au gré de déplacements éthérés ou pesants dans un vêtement trop ample. C’est une inquiétude, une déception aussi, celle d’une vie, des nouvelles funestes, des amis qu’on étreint dans l’angoisse, d’un enlacement fortuit, déjà oublié et d’une sincérité mise à l’épreuve. Rarement un album ne m’avait donné autant d’images, de sensations, de sentiments en si peu de temps. Est-ce cet instant particulier où tous les éléments s’assemblent ? Les aléas de la vie qui font qu’on ouvre une boîte de Pandore un peu trop vite ? Peut-être est-ce aussi qu’on a besoin d’un Rheia, de sa violence épileptique héritée du black, de la performance vocale, à saluer, de Caro Tenghe, naviguant entre souffrance et fragilité, tenant à peine une mélodie sur la corde vocale à la violence brute d’une harpie hurlant avec acharnement jusqu’à épuisement des signes vitaux.

C’était le moment, après tout, cet instant où le troisième album de Oathbreaker, ce groupe belge, ayant déjà toute ma sympathie suite à Eros/Anteros (2013) laisse dévoiler un visage plus affermi, plus sûr, une confiance accrue dans son traitement et son style alliant crust, shoegaze et black metal. Il y a dans cet album quelque chose d’épais et collant au milieu d’un nuage de lait, une détresse sur une surface trop plane, de l’électricité parcourant les ondes, jusqu’au moment où je me suis posé la question : qu’est-ce que c’est ? C’est quoi cet état ? Et là, à nouveau : foule d’images. Contrariété sentimentale, impuissance face à une détresse, repli sur soi, difficulté à exprimer de simples mots, non pas d’usage, mais qui ont du poids, du mérite presque. Il fait partie de ces instants qui instaure un autre point de vue, un dérèglement bref de l’espace routinier. D’un événement a priori anodin comme face à une nouvelle qui désoriente sur le long terme. Rheia a tout du compagnon de route, un brin pervers, qui démontre qu’on aime, finalement, se faire mal comme un réconfortant aux mille visages interrogateurs.

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Là où je pense, là où je suis, là où je reste, là où je quitte. Un départ dans un rebond, captation d’un instant tellement prompt qu’aucune empreinte n’est emprisonnée. Un souvenir, bon, mauvais ou putain de rien ? Mais ce qui reste : une souffrance qui dresse des poils inconnus, une cicatrisation à main nue qui peine à guérir. Reste quelque chose d’organique, de liquide, altérable, instable comme une goutte de sueur qui résiste sur un grain de peau ou un polype qui réprouve une chirurgie. C’est autant d’écoutes, en circonstances diverses, qui transpercent, mettent en branle artères et tendons et transportent… Où ? À l’heure où j’écris ses lignes, je n’en sais foutre rien. Par contre, cette émotion, brute, cette fragilité sur fil de fer humide, cette sensualité qui semble déborder des moules, elles, sont bien là, aussi tactiles, réelles que fugaces. Rheia est une expérience, forte, puissante, avec des faux airs de Chelsea Wolfe hargneuse. Claque dans ta face. Double coup de cœur.

Jéré Mignon

Coup de Coeur C&Osmall

https://oathbreakerband.bandcamp.com

Rheia
Oathbreaker
2016
Deathwish Inc.

Un commentaire

  • Murielle

    Je partage le coup de cœur. Très grand album, super groupe. J’ai une préférence pour celui-ci mais les précédents albums sont très bons également.

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