Mutoid Man – Bleeder

Mutoid Man-Bleeder

Wow, je ne sais pas qui ou quoi je dois remercier pour cette découverte : Dieu, le destin, les atomes, l’esprit de la forêt, la confrérie des licornes, des fées et des gnomes ou simplement le hasard. Quoi qu’il en soit, où  que tu sois, quoi tu puisses être, merci force invisible et insondable qui permet les heureuses rencontres comme celle-ci ! Bon, maintenant que j’ai eu mon petit high, je lâche mon pétard et je reviens sur terre (façon de parler, je suis straight edge des orteils au bout des cheveux).

Cette semaine, j’ai découvert Mutoid Man, « ze » groupe ultime point de vue énergie. Dans un esprit très punk, à la fois indie rock et post-hardcore, le groupe originaire de New York m’a donné une sale dérouillée. Moi qui n’écoutait plus du tout de punk parce que le genre me semblait mort depuis la victoire écrasante de la pop « made in USA » sur les musiques dissidentes, force m’est de réaliser que le punk énergique qui matraque, hurle et défonce des gueules à coup de pelle, ça existe encore (soupirs de soulagement). Et par punk, je précise également que je ne parle pas du genre bonbon et suranné du type Blink-182, Good Charlotte, Simple Plan ou Avril Lavigne, mais plutôt du punk bien tassé des Exploited, Sex Pistols, Dead Kennedys, The Germs, Public Image Limited, Rancid et Minor Threat (oups, deux secondes, je dois aller vomir un coup après avoir nommé certains noms dans cette liste, histoire d’éliminer les effets d’une profonde nausée).

Mutoid Man-band

Mutoid Man donne plutôt dans un punk technique, survolté, à la fois lourd et malpropre sans toutefois rappeler le rock garage. En fait la production de Helium Head (EP, 2014) et de Bleeder (LP 2015) est impeccable : on y sent les décibels, la crasse et le parasitage, mais d’une façon contrôlée qui est loin d’agacer les puristes du punk ou les snobs qui lèvent le nez sur le punk low-fi (le groupe qualifie même sa musique de « mid-fi »). L’ingénierie sonore derrière la batterie de Ben Koller n’a d’ailleurs rien à envier aux plus grands noms du metal, pas plus que ne le doivent le vocal et la guitare de Stephen Brodsky, ces ex-membres fondateurs de la célèbre formation punk hardcore Converge.

Le trio newyorkais n’a pas ou peu de véritables parents dans le monde musical. Or, il semble avoir une belle-famille à la généalogie complexe. L’excellent titre « Bridgeburner » rappelle les accents rock de Wolfmother du temps de « Joker And The Thief », alors que l’intro de « Sweet Ivy » sent le Dead Kennedys à des milles à la ronde. D’autres titres tels que « Reptilian Soul » et « Surveillance » font écho au grunge « nineties » des mythiques Mudhoney et The Melvins, alors que « Dead Dreams » et « Soft Spot In My Skull » renvoient sans contredit à un stoner rock ayant forniqué avec un rock progressif foncièrement psychédélique et défoncé aux amphétamines fabriquées par le laboratoire clandestin le plus crade possible (le groupe américain Torche serait le plus proche comparatif du genre).

En somme, Mutoid Man porte bien son nom. La musique du groupe américain est un monstre d’instrumentation ignorant la frontière des genres. Peut-être est-ce parce que Bordsky possède un bagage musical très imposant où celui-ci ne s’est pas contenté de faire dans le punk le plus stéréotypé qui soit. Bassiste fondateur de Converge, le guitariste-chanteur de Mutoid a cumulé les projets post-hardcore, sludge et punk au fil du temps. Guitariste et chanteur des groupes Cave In, Kid Kilowatt, New Idea Society, Pet Genius, Old Man Gloom, Parasite, The Holey Moley, Octave Museum, Ringfinger et Pielbald (une seconde, je reprends mon souffle), le leader a visiblement plus d’une influence ou d’un potentiel à son curriculum. Et cela s’entend. Idem pour le fantastique et ahurissant batteur Ben Koller, lequel a également joué avec Converge en plus de se produire aux côtés de formations corrosives telles que All Pigs Must Die, Forced Fed Glass et Acid Tear.

Bien franchement, si la chance m’était donnée de participer à une révolution musicale et d’être admis parmi un groupe de musique de mon choix, les Beatles, Pink Floyd, The Stooges, Avenged Sevenfold et Mutoid Man seraient probablement dans ma « wishlist » (admettant qu’un génie qui saurait remonter le temps et user d’influence me fasse cette fleur). J’ai rarement été témoin d’autant d’énergie et d’entraînement. Franchement, si on m’avait dit que je retomberais en amour avec le punk après avoir vu passer une génération presqu’entière de branleurs en Doc Martin et de poseurs à fausses crêtes, je ne l’aurais pas cru. Il faut toujours rester ouvert et croire que la vie peut nous surprendre quand elle le décide. J’en suis la preuve…

Dany Larrivée

http://mutoidman.com

https://mutoidman.bandcamp.com

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec).

Bleeder
Mutoid Man
2015
Sargent House

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