Motis – Ménestrels

Motis-Menestrels

Motis fête cette année son quinzième anniversaire. Afin de contenter son fidèle public (tout en permettant aux néophytes d’entrer dans leur monde médiéval et poétique), la maison de disques Musea (les classiques du futur), propose une anthologie de titres puisés dans la besace aux mille délices que constitue la carrière hors normes de cette formation franc-comtoise. Les six disques parus depuis l’an 2000 sont ainsi représentés sur cette compilation, éditée en vinyle exclusivement. Pourquoi faire les choses à moitié ? Et c’est parti pour un voyage dans le temps, au pays des trouvères et du mellotron, des ripailles et du bouzouki (électrique). Si l’inspiration principale de Motis reste foncièrement la discographie de l’Ange des années soixante-dix (surtout à cause du timbre de voix du chanteur qui joue de mimétisme avec celui de Christian Décamps), force est de reconnaître qu’au fil des albums, l’identité musicale du trio se forge, et ce, pour le plus grand plaisir des auditeurs. Les arrangements proposés apparaissent comme plutôt acoustiques même si l’apport des sons analogiques de divers synthétiseurs donne un côté « rétro-futuriste » à l’ensemble. Comme un bol magique dans lequel auraient macérés les meilleurs titres de Genesis, Ange ou Malicorne.

La composition de cette très bonne introduction présente une démarche diachronique qui prouve en temps réel l’évolution incroyable de l’envergure des morceaux. « À Chacun Son Graal », titre qui ouvre le projet, présente un groupe (qui n’existe pas encore) réduit à un homme, Emmanuel Tissot, qui joue de tout. Les parties de batterie programmée empêchent encore la chanson de décoller. Puis, à mesure que la rondelle noire égrène les pistes mélodiques, un sentiment de plénitude et d’accomplissement se fait ressentir chez l’auditeur mené par la main des ménestrels jurassiens. La qualité d’écriture ainsi que la prise de son progressent de concert jusqu’aux derniers morceaux, ceux de la période Josquin Messonier, du nom du personnage emblématique du projet paru en 2014 (voir article sur notre site). Un inédit de cette année, « L’aube », d’excellente facture, achèvera de convaincre le chaland.

Motis-band

Malheureusement, on sait déjà que cette superbe collection de chansons magnifiquement arrangées et proposées dans un écrin cartonné ne figurera sur aucune tête de gondole pour les fêtes de fin d’année. Triste, mais vrai. Le peuple n’aime pas la beauté, semblerait-il. Alors, au lieu de dépenser vos devises en offrant les sempiternels best of (qui portent bien mal leur appellation) de Johnny ou Calogero (pardon, mais il faut parfois savoir grossir le trait pour se faire comprendre), donnez, distribuez et proposez un artefact humain, vivant et racé.

Suivez les ménestrels, les vrais, les Murat, les Sheller, les Dick Annegarn, les Arno ou les Sanseverino. Fuyez les charlatans, ceux qui « font dans la télé », ceux qui vont chez Ruquier ou consorts. Ceux qui travaillent d’arrache-pied dans les sous-sols de leur demeure ne participent pas aux tournées d’enfoirés : ils travaillent, eux. Votez musique,  votez Motis.

Christophe Gigon

http://www.motisonline.com

https://itunes.apple.com/fr/album/menestrels/

Ménestrels
Motis
2015
Musea

3 commentaires

  • Vincent Bélet

    Christophe Gigon est un homme aux facettes étonnantes : professeur ou joueur ? pianiste inspiré ou guitariste passionné ? Musicien invétéré ou pote écervelé ? Maniaque de précision ou complètement déstructuré ? Il est bien entendu tout cela à la fois et bien davantage encore ! Cet hyperactif createur d’émotions de sons et de riffs parfois rigolos sait s’envoler au delà des jours dans des contrés que lui seul tutoie. Nul autre que ce compositeur génial ne serait mieux placé pour nous faire découvrir ses groupes de prédilection en trouvant les mots qui donnent envie d’aller plus loin. Merci Gig et à bientôt

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