Modern Rites – Monuments

Monuments
Modern Rites
Debemur Morti Productions
2021
Lucas Biela

Modern RitesMonuments

Modern Rites Monuments

A la recherche de nouveautés metal extrême pour la station de radio ISKC Extreme Metal, je me rappelle soudainement avoir vu une alerte bandcamp de Debemur Morti parmi mes nombreux e-mails. Connaissant le faible de cette maison de disques pour les musiques extrêmes, je m’empresse d’écouter cette nouvelle production. Satisfait, j’en sélectionne quelques morceaux pour la station. Et au bout du compte, je suis tellement satisfait que je décide d’en faire partager mon enthousiasme au travers de cette chronique.

Mais au fait, de quel groupe parle-t-on, parce qu’il faut quand même le nommer ? Modern Rites, voilà, ça ne sonne pas très « metal extrême », mais cela fait partie de leur volonté d’innovation en la matière. On apprend en lisant la fiche descriptive sur bandcamp qu’il s’agit d’un nouveau groupe et donc Monuments, le nom de l’album, est leur premier méfait. Plus loin, on lit qu’il s’agit de la collaboration de deux personnes. D’un côté, on a un artiste visuel vivant aux Etats-Unis, Jonny Warren (également l’auteur de la très belle pochette de l’album qui est une construction en forme d’extension du logo du groupe). Notre américain est crédité à la basse, à la composition et au chant.Il mène également de front un autre groupe du nom de Kuyashii, dont il est d’ailleurs le seul membre (quelle prouesse !). De l’autre côté, c’est un guitariste suisse que l’on retrouve, Berg, déjà connu pour exercer au sein de Aara (groupe dont je n’ai jamais entendu parler auparavant, mais dont une chronique au titre racoleur sur Metal Archives, « A masterpiece of blazing majesty », va me pousser à y jeter une oreille).

Modern Rites Monuments band1

Les deux protagonistes présentés ci-dessus se sont appelés à l’automne 2020 pour un projet repoussant les limites du metal extrême, où la basse de Jonny s’inspirerait en effet de la musique industrielle des années 90 et la guitare de Berg apporterait les trémolos nécessaires à une fondation black metal mélodique. Est-ce pour autant qu’on a du black metal industriel ? Eh bien non, l’ensemble serait plutôt à classer dans le black/death mélodique, les vocaux de Jonny jonglant entre les « shrieks » d’un style et les « growls » de l’autre, et les trémolos apportant la touche de black metal sur fond de rythmes aux nombreuses variations générés par notre Américain aux multiples talents.

Alors, vous allez me dire, un enième album de black/death ? Là, je vous arrête, car certes, c’est le style prédominant, mais l’exécution en fait une véritable perle de metal extrême. En effet, à l’agitation contrôlée au poil répond un calme à le faire dresser. Assembler les contraires est toujours un exercice périlleux, et notre duo le réussit avec brio. L’agitation, c’est cette voix qui vocifère et crie sur fond de tempos imprévisibles et le calme, c’est cette guitare en trémolo et les pointes lumineuses qui accompagnent le périple de nos deux aventuriers de l’extrême. Prenons un morceau comme « Vigilance Eternal » : un trémolo est passé de main en main tel un espoir dans la tourmente, avant que la coda ne transforme l’essai dans les buts de l’espoir. D’autres éléments de guitare, en plus des nombreuses variations de tempo, rendent l’écoute intéressante. Sur « Black Wolf », cette guitare avance à pas de loups (c’est le cas de le dire), entre deux éruptions où enthousiasme et courroux se rencontrent. En outre, « Self Synthesis » propose un extraordinaire travail entre scintillements cosmiques et trémolos telluriques, une merveilleuse architecture sonore que l’on ne se lasse pas d’admirer et qui nous laisse contemplatif. Ailleurs, avec « Nothing Left To Give », la guitare sort de son émerveillement pour entrer dans le monde de la plainte, avec des pleurs qui permettent d’appuyer la désolation dominante, tout en poussant une porte vers la lumière baigné de beaux arpèges aux sonorités « gothiques ». Encore une belle prouesse de Berg. Côté voix, Jonny est très à l’aise et nous met à l’aise, variant les styles en fonction des atmosphères pour ne pas nous déboussoler dans ce voyage musical ambitieux. Ici, pas de théâtralité, pas de grotesque, mais une voix tantôt spectrale, tantôt sépulcrale, au plus près des chemins empruntés. J’avais mentionné plus haut les variations de batterie, il est vrai qu’il n’y a guère de place à la linéarité dans la musique de notre duo et les fulgurances ne monopolisent jamais un morceau entier : on retrouve en effet des breaks propres à la musique psychédélique, mais dans un monde plus sombre.

Modern Rites Monuments band2

Une belle surprise donc que cette galette. Nos deux lascars ne sont certes pas nés de la dernière pluie, mais avec les collaborations on ne sait jamais à quoi s’attendre. Fort heureusement, chacun a joué à fond la carte du metal extrême à la fois pur et ambitieux, et le résultat est payant. Espérons que ce n’est que le début d’une longue aventure.

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https://modernrites.bandcamp.com/album/monuments

 

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