Du metal progressif made in Ontario

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Programme double :

Protest The Hero (The Pacific Myth EP)/Red Handed Denial (Wanderer EP)

Nos lecteurs sont majoritairement français, je ne suis pas sans l’ignorer. Moi, je suis du Canada (du Québec, plus précisément). Il se peut donc que la folie entourant le groupe ontarien Protest The Hero ne vous ait pas profondément atteint. Enfin, c’est ce que je suppose, car rares sont les formations canadiennes ayant laissé une empreinte profonde sur le continent européen (au demeurant, Céline Dion, ça ne compte pas, d’autant plus que ce n’est pas une formation !). Mais qu’à cela ne tienne, il ne suffit parfois que d’une mention pour faire circuler la rumeur, il ne suffit que d’une graine et d’un terreau fertile pour faire germer une idée, il suffit que d’une étincelle pour embraser le public (vous voyez le topo).

Eh bien, soit ! Protest The Hero est un phénomène nord-américain totalement déjanté et hors de contrôle. La formation ontarienne qui jouait encore dans les garages en 1999, a évoluée pour devenir le groupe qui partage la scène avec certains grands noms dont Bad Religion, Alexisonfire, Between The Buried And Me, As I Lay Dying, Architects, The Devil Wears Prada, TesseracT, Periphery, August Burn Red, Killswitch Engage, Avenged Sevenfold, All That Remains, Trivium, Cyclamen, In Flames et un tas d’autres géants du metal actuel. On se rappellera d’ailleurs que le légendaire batteur Chris Adler s’est même joint à la formation pour l’enregistrement de l’album Volition. Autant vous dire que les petits garçons qui jouaient dans le sous-sol chez leurs parents ont bien évolués depuis !

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Les mecs de Whitby on Ontario en sont à leur cinquième album depuis 2005. Non, Protest The Hero n’est pas une machine à « hits » pour la radio, à supposer qu’un groupe de metal progressif ait un jour produit un succès radiophonique… Mais il n’en demeure pas moins que chaque sortie d’un nouvel album est toujours couronnée de gloire et de succès dans la sphère très intime et exclusive du prog metal (sans être élitiste, on admettra tout de même que le domaine du metal progressif est beaucoup plus restreint que celui de la pop à la Beyonce et compagnie). Kezia révélait le talent musical du groupe en 2005 et a aussitôt enflammé la critique musicale. Plus de 10 ans se sont écoulées et on en parle encore ! Une vraie petite bombe. En fait, on n’avait jamais entendu pareille musique jusque là. Aussi rapide que la foudre ou Megadeth, aussi complexe que la matière noire ou le jazz fusion (même si cela n’en est pas), aussi engagés dans ses textes que les paroles de Michael Moore (le documentariste) ou Henri Rollins (le chanteur activiste), la musique de Protest The Hero n’avait alors nul semblable. S’en est  suivi en 2008 de l’excellent Fortress, un album d’une rare vélocité et dont les compositions les plus déstructurées font parfois croire que l’esprit provient djent provient de ce disque (mais non, personne n’a fait le lien, car Protest The Hero ne joue pas en drop-D avec une 6 ou 8 cordes et que, semble-t-il, il faut absolument jouer en drop-D avec une 6 ou 8 cordes pour être djent… pffft !). Bon, et puis en 2011, il y a eu le plus discret Scurrilous, un disque qui a échappé aux radars. Pourquoi ? Je l’ignore, car la formule de cet album n’a pourtant pas changé d’un iota par rapport à celle de ses prédécesseurs. Mais bon, allez savoir !

Finalement, en 2013 : « boom, here comes the magnificent Volition album » ! Il en a fait couler de l’encre cet album-là. Pour vous donner une idée, la campagne de socio-financement via Indiegogo fixée au départ à 125 000$ a non seulement été bouclée en seulement 30 heures, mais les dons de fans ont totalisés plus de 340 000$ canadiens ! Si cela ne prouve pas l’intérêt des fans pour la musique du groupe, j’ignore ce qui pourrait le prouver plus concrètement. Ah oui, l’album s’est vendu à 11 400 exemplaires en une seule semaine et a atteint le vingtième rang du Billboard 200 US. Enfin, bref, on doit voir en Volition l’établissement d’une notoriété qui ne sera désormais plus à faire.

Or, cadeaux des dieux, Protest The Hero vient tout juste de nous offrir The Pacific Myth, un troisième EP (les EP Search The Truth et A Calculated Use Of Sound faisant partie de la discographie du début du siècle, ce qui remonte à quelques générations après Mathusalem). D’ailleurs, si le groupe demeure tout aussi ingénieux dans ses compositions, il l’est tout autant dans ses stratégies marketing ! Le nouveau EP de 6 titres est le fruit d’une campagne de souscription où, pour la somme de 20$ canadiens, les fans se voyaient promettre un nouveau titre par mois sur Bancamp (en streaming), puis l’album complet à la fin de la campagne (avec quelques petits extras dont une version instrumentale de chaque nouveau titre, une version instrumentale de Volition et une version remasterisée de l’album Kezia pour souligner le dixième anniversaire de sa parution).

Franchement, le groupe sait faire les choses comme il faut. Et côté musique, The Pacific Myth comporte toujours cet aspect un peu punk/post-hardcore dans la vitesse de ses guitares et de sa batterie (dans la teneur contestataire des textes également), tout en respectant son créneau progressif, désarticulé, polyrythmique, dynamique à la limite de l’épilepsie. Que du bon pour les amateurs de musique technique et de metal progressif avec voix clean (parce que non, Rody Walker ne gueule pas ni ne hurle, et c’est bien ainsi).

En fait, je dois être parfaitement honnête, Protest The Hero, ce sont mes chouchous !

https://protestthehero.bandcamp.com


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Et puis, bon, pour qui aimait, aime ou aimera Protest The Hero, la musique de Red Handed Denial est alors incontournable. Toujours du « made in Ontario », mais à Toronto cette fois-ci.

Le quintet torontois s’est formé en 2008, soit près de 10 ans après la formation originaire de Whitby. Leur discographie compte trois disques, dont un unique LP (Stories Of Old, 2013) et deux EP intitulés respectivement Eyes And Liquid Skies (2009) et Wanderer (2016). Ce qui est dommage, c’est que mise à part la participation du groupe au Vans Warped Tour de 2014 et 2015 (un très célèbre festival nord-américain essentiellement punk), de même qu’une tournée promotionnelle pour Wanderer dans le nord-est américain au cours de l’automne, le groupe fait peu de bruit. Pourtant, ça déménage bien comme il faut. Des riffs intelligents, dynamiques, énergiques, déjantés, électriques comme des pulsars en pleine révolution photonique. Des musiciens aussi rapides, aussi techniques, aussi à l’aise avec la polyrythmie que leurs compatriotes ontariens dont il a été question plus tôt. Il y a même chez Red Handed Denial un aspect progressif encore plus marqué que chez Protest The Hero, laissant un peu de côté le punk/post-hardcore pour apprivoiser l’hydre pluricéphale du prog metal.

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Mais bon, tant pis pour ceux qui ne connaissent ni ne veulent connaître ce groupe, parce que franchement, c’est une perle. En seulement 6 morceaux, la formation m’a conquis. Les guitares de Chris Mifsud et Aleksi Perepelitsa sur « Manipulator » et « Trespasser » sont totalement folles, nous faisant nous demander si les doigts de nos deux guitaristes ne prendront pas feu sous l’effet de la friction. Bon Dieu que ces deux-là savent manier la guitare. Les arpèges fusent de toutes parts, frappant parfois au passage la fameuse corde en ré (djent, djent!). D’une adresse aussi marquante, je pourrais donné comme référence celle de Al Mu’min (The Haarp Machine), John Browne (Monuments), Misha Manssor (Periphery) et Luke Hoskin (Protest The Hero). Je crois que ce n’est pas rien, pour qui connaît ces musiciens.

Et puis là, suite à ces deux titres plus metal progressif, s’ensuivent trois pièces plus post-hardcore, avec des passages metalcore très marqués, ponctués de chant clean haut perché et de growl souterrains de la sublime et talentueuse Lauren Babic dans « Patronizer », « Widowmaker » et « Collector ». Mais là encore, ce relent « arpégiaque » qui rappelle Protest The Hero et certaines formations metalcore. C’est donc un mélange d’influence entre les univers de plus en plus parents du djent, du post-hardcore, du prog metal « at large » et du metalcore qui nous est ici donné. La mince ligne rouge qui partage tous ces états indépendants tend à disparaître et faire place à la fusion. Et Red Handed Denial semble vouloir abolir ces frontières maudite et inutiles; à la bonne heure !

Le groupe nous laisse sur « Wanderer », une pièce plus sage et tranquille, nous porte au pays des Sithu Aye, Plini, I Built The Sky, Chon, Scale The Summit et autres projets djent instrumental dont raffole le fan le plus averti. Tout en douceur, sur un coussin de velours damassé, notre tête affolée par les envolées de guitares et de batterie qui ont fait bouillonner avec délectation notre cervelle se repose un instant, le temps de remettre le disque et de remettre ça. Parce que le disque est foutrement court, mais aussi foutrement génial, il faut repartir la bobine encore et encore. Un autre coup de cœur, sans hésitation !

Dann ‘the djentle giant’

Coup de Coeur C&Osmall

https://redhandeddenial.bandcamp.com

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