Magic Bus – The Earth Years

The Earth Years
Magic Bus
Back to the garden Records
2020
Thierry Folcher

Magic Bus – The Earth Years

Magic Bus The Earth Years

Maintenant j’en suis sûr, le voyage temporel existe bel et bien. Regardez attentivement nos compères de Magic Bus, vous ne trouvez pas qu’ils sortent tout droit d’une époque reculée faite de psychédélisme, de liberté, de communion avec la nature, de messages de paix etc. Tout ce qu’il manque aujourd’hui. Et puis, j’ai l’impression de retrouver la bande à Daevid Allen et pas seulement sur les images. Écoutez certains passages de The Earth Years et vous allez vous embarquer à coup sûr pour un voyage vers la planète Gong. Ce groupe unique, irremplaçable dans ce qu’on appelle encore aujourd’hui la fameuse école de Canterbury. Magic Bus n’a pas la prétention de vouloir rivaliser avec eux, cela n’aurait pas de sens et ne servirait à rien. Ils s’inspirent seulement de leur univers et de leur folie douce. Mais le véritable atout de cette formation est de marier habilement ses compositions typiquement anglaises avec un folk U.S. à forte coloration « West Coast », un peu comme si Totnes dans le Devon avait rejoint San-Francisco. Bon OK, on n’est pas en pleine science fiction, les cinq membres actuels de Magic Bus sont bien ancrés dans le 21ième siècle, ils font seulement référence à une époque où tout semblait possible pour la musique et pour l’humanité en général. Même si j’étais encore très jeune, j’ai vécu l’après mai 68 avec tellement d’intensité qu’il m’est difficile de résister aujourd’hui à cette résurrection surprenante. Cela dit, tout bon amateur de rock mâtiné de jazz, de rythmes entêtants et de longues séquences aux claviers ou à la guitare devrait pouvoir monter dans ce bus magique sans problème. Les huit compositions de The Earth Years sont très accessibles avec juste quelques particularités qui vont les sortir du tout-venant et devenir ainsi particulièrement attrayantes.

Et puis, la pochette signée Martin Ross Butler ne fait qu’accentuer le trip vertigineux qui me renvoit vers mon adolescence et les dessins de Jean Solé que je m’escrimais à reproduire. Ces courbes cosmiques sont délicieuses et tellement évocatrices qu’elles ne peuvent qu’aider la musique à décoller instantanément. Les illustrations de Gong, Steve Hillage ou Tim Blake produisaient le même effet et sont à jamais indissociables de leur musique. Magic Bus existe maintenant depuis une bonne dizaine d’années avec une carrière commencée par un délicieux album éponyme qui rappelait Caravan, l’autre grande référence du groupe. Tous les codes musicaux étaient en place et allaient le rester sur les quatre albums, tous de très bonne qualité. La voix de Paul Evans fait penser à Pye Hasting ou Richard Sinclair et la batterie nous rappelle au bon souvenir du regretté Richard Coughlan. La musique de Magic Bus est une musique heureuse qui donne aussitôt le sourire. Les claviers, la flûte et les chœurs sont porteurs de chaleur, de positivité avec ce brin de naïveté qui nous ferait presque oublier les moments pas très simples que nous vivons aujourd’hui. Raison de plus pour plonger sans retenue dans ce nouvel album un peu plus court mais tout aussi envoûtant que ses grands frères. The Earth Years commence par « Easy Om », le titre qui rappelle le plus Gong. La façon de chanter de Paul Evans est tellement proche des délires du mentor australien qu’un sourire se dessine instantanément sur nos lèvres. A cela s’ajoutent des sonorités et des thèmes qui ne font aucun doute sur leur parenté et le tour est joué. Heureusement, il ne s’agit là que d’une entrée en matière pour rendre hommage à des pères fondateurs. La suite sera plus personnelle mais tout autant jouissive.

Magic Bus The Earth Years Band1

La seule ombre au tableau est le départ de Vivien Goodwin-Darke dont les interventions à la flûte proposaient une belle alternative aux envolées de Jay Arlington. Une défection qui oblige l’ex-clavier de Kula Shaker à recréer des sonorités similaires, histoire de conserver un son qui a fait le succès de Magic Bus. Un premier faux pas, motivé semble-t-il par une volonté de resserrement de l’effectif et de la démarche en général. Un pari risqué qui peut porter ses fruits, mais qui peut aussi dénaturer une approche musicale plus axée sur l’ouverture et l’absence de calculs. Revenons à l’album car malgré ce petit accroc, il continue à dégager ce charme incomparable d’un travail totalement libéré des codes actuels. Pas de messages puissants, juste de l’amour et le tout imprégné d’un mysticisme oriental toujours efficace. Je vous conseille en priorité « Barleycorn » et son intro rageuse qui surprend mais fait forcément du bien. Magic Bus va de l’avant sur ce titre où la guitare de Terence Waldstädt peut enfin s’exprimer. Mais ce coup de tonnerre va agir en contraste avec les claviers de Jay Arlington très aériens et absolument magnifiques sur la fin. La batterie de Connor Spring est elle aussi à retenir notamment sur « Inca Trail » où elle intervient en rafales feutrées, un style de frappe typique des albums « Canterburiens ». Sur ce morceau, les claviers sont encore à l’honneur avec, pour terminer, une envolée irrésistible vers les étoiles.

Autre grand moment sur « Squirrel » dont les accords de guitare très clairs vont servir de préambule folk à un mantra que Paul Evans va déclamer dans la plus pure tradition hindouiste. Puis le morceau s’oriente vers un jazz-rock entêtant sur lequel la rythmique Mellorz/Spring va montrer tout son savoir-faire. Quel patchwork de genres ! L’orient se mêlant à l’occident comme un signe de fraternité qui fait du bien et rapproche les hommes. Le folk U.S. est bien-sûr de la partie. On le perçoit tout au long de l’album où les guitares acoustiques abondent. Sur la partie finale de « Setting Sun » la guitare semble même appartenir à un certain Don Felder au sommet de sa forme. « New Day » franchit lui aussi l’Atlantique avec son message hippie et son orgue qui envoie du soleil vers un public en transe. Magic Bus est typique des groupes qui s’épanouissent sur scène et qui peuvent largement improviser en dépassant le simple cadre de la chanson. « We are One » qui clôt The Earth Years est taillé pour ce genre d’exercice. Son message positif devrait être repris en chœur par une foule conquise lors de prochains festivals… Mince ! Mais c’est foutu pour l’instant ! Je crois qu’il faut vraiment la fabriquer cette machine temporelle et retourner avec Magic Bus vers Woodstock, Monterey ou l’île de Wight.

Magic Bus The Earth Years Band 2

Voilà, je me suis emballé et le retour sur terre est brutal. Quelle époque sinistre nous vivons. Je plains sincèrement les générations futures qui seront de plus en plus encadrées et ne connaîtront que le peu qu’on voudra bien leur donner. Des générations qui risquent de ne plus trouver George Orwell, Philip K. Dick ou Aldous Huxley au rayon S.F. mais plutôt en étude de sociologie. Carpe Diem, c’est ce qu’il faut se dire et prendre Magic Bus avec soi pour recevoir leurs ondes positives et surtout les propager en abondance. The Earth Years est un très bon album à classer parmi les œuvres qui savent se bonifier avec le temps et qui ne subiront jamais le diktat des modes et de la bienséance.

https://magicbusband.co.uk/

 

Un commentaire

  • Tioub

    J’adore…rien à jeter. J’ai craqué pour la discographie complète (4 CD) . Un excellent voyage en combi Volkswagen, avec des airs de Caravan, Camel.

    Ya plus qu’à les voir en concert.

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