M.H.X. Chronicles – Infinite Ocean

MHX Chronicles-Infinite Oceans

Cette nouvelle formation m’attire. Peut-être est-ce mon affection envers la période romantique, les tempêtes en mer et ce qu’en art on appelle des « marines » (des œuvres thématiques sur les naufrages ou autres scènes en mer), ou peut-être est-ce mon amour pour le death mélodique, sa profondeur, ses thématiques, son dynamisme ou sa lourdeur ponctuée d’harmonies. De fait, je n’arrive pas à comprendre pourquoi tout cela passe sous le radar (une fois de plus).

Déjà, le groupe originaire de Sao Paulo nous introduit avec une pièce instrumentale où l’on sent le départ pour le large, les dangers de l’impitoyable océan, le tintement des cloches de bouée bercées par les vagues, le vaste et infini horizon qui se profile dans l’imaginaire des marins mais qui tarde souvent à se faire réellement observé. On y sent une part de l’historicité qui teinte les romans d’Herman Melville (vous savez, le « Moby Dick » dont tout le monde connaît l’existence sans l’avoir lu, le « Moby Dick » qui sent Nantucket, les huîtres, l’étoupe et l’air salin de la côte est américaine ?). Or, même si le noyau central d’Infinite Ocean renvoie aux œuvres picturales très dix-neuviémistes d’Ivan Aïvazovski, de J.M.W. Turner, d’Horace Vernet ou à l’excellent film de Peter Weir « Master and Commander » (c’est l’historien d’art qui parle), l’ensemble de l’album est beaucoup plus que du simple « nautical metal » (oui oui, le genre existe vraiment, allez voir du côté de Ahab, Giant Squid, Savatage, Legend Of The Seagulmen et un certain album de Mastodon intitulé Leviathan).

MHX Chronicles-band

M.H.X.’s Chronicles œuvre dans le domaine du death metal mélodique et du metal progressif avec une efficacité comparable à celle des célèbres formations death Disarmonia Mundi, Threat Signal, Amon Amarth, Omnium Gatherum, Insomnium, Before The Dawn, The Black Dahlia Murder, Persefone et Wolfheart (d’excellents groupes, au demeurant !). M.H.X., du nom de son fondateur Murillo H. Xavier, n’invente pas la roue. La force du groupe ne réside pas forcément dans l’innovation, mais plutôt dans la puissance de sa musique, l’étendue de son spectre sonore, l’efficacité sans faille de ses riffs, sa batterie entraînante, ses guitares hachées et affutées de même que son chant fort coloré. À moins de me tromper, il n’existe rien de comparable au Brésil. Bien entendu, il existe des formations metal sud-américaines d’intérêt telles que Soulfly, Sepultura, Brujeria, Coprofago et Ill Niño. Mais du matériel aussi puissant « made in Brazil », je n’en connais pas des masses. L’Amérique du Sud connaît le metal, la scène de cette région est même très importante. Il n’est pas rare de voir des dates pour le Brésil et le Mexique sur un calendrier de tournée de groupe européen après avoir fait escale aux États-Unis. Et puis, bien franchement, il est fort dommage d’ignorer cette région du monde, surtout lorsqu’on s’attarde à sa culture musicale. Le quatuor de Sao Paulo nous montre à quel point nous passons à côté de quelque chose…

Fidèle à mon habitude, j’ai découvert M.H.X.’s Chronicles en explorant Bandcamp. Aurais-je pu dénicher ce petit bijou autre part ? Possiblement que non. Rien sur iTunes, très peu de chose sur internet sinon quelques critiques musicales ici et là et une mise en ligne de ce premier long jeu sur SoundCloud et Last.fm. Et puis, zut ! Comment se fait-il que tant de musque médiocre trouve si facilement leur place sur les médias sociaux et les sites de musique en ligne alors que plusieurs talents comme celui-ci sont mis de côté, ignorés ou tout simplement laissés à leur sort ? Cela ne fait aucun sens. Force est de constater que la gifle au goût public ne sera jamais administrée adéquatement…

Réalisé par Murillo Xavier (guitare chant) et Michel Oliveira (guitariste chez M.H.X. et guitariste/chanteur du groupe death Seven Seals Of Apocalypse), ce premier LP a de quoi conquérir l’Amérique du Nord et le Nord de l’Europe puisque son ambiance se prête très bien aux climats où les eaux gèlent en hiver et où les monts sont éternellement coiffés de neige. Dans un monde reconnaissant et lucide, on ne serait qu’à quelques pas d’un gros festival metal où pourrait très bien se produire le groupe brésilien (enfin, je me plais à le croire). Je n’aurais aucun mal à m’imaginer M.H.X.’s Chronicles aux côtés de Soilwork et Persefone. Je serais même le premier à acheter un billet pour un pareil concert. Je serais probablement devant la scène à me secouer la tête jusqu’à m’en déplacer une vertèbre cervicale, car Infinite Ocean a de quoi ravir les amateurs de death, de progressif et de metal latin de mon acabit (bien qu’il n’y ait dans cette musique rien de latin sinon l’origine). Ceux qui n’aimeront pas seront probablement les mêmes qui détestent le death en général ou qui, a contrario, ne peuvent admettre de chant « clean » parmi les « growls », les salves de double «bass drums» et le traditionnel « tremolo picking » qui composent la recette du genre musical.

Si la chanson « The Way Home » m’a un peu moins plu parce qu’elle me faisait penser à la musique de Nightwish, Tristania, Within Temptation ou même à la chanson « Nymphetamine » de Cradle Of Filth, je ne l’ai toutefois pas retenu pour établir mon jugement. Car on peut admettre une balade dans un album de metal pour tempérer le tout (je reste tout aussi compréhensif envers « Moon And Sea », l’adéquate et agréable finale acoustique de l’album). Ce n’est pas mal, ça calme même un peu les esprits. En revanche, les pièces « Conquest Of The Oceans » et « Havet » m’ont profondément plu, car elles m’ont rappelé la belle époque de Sworn To A Great Divine et The Living Infinite de Soilwork, deux albums de death mélodique que j’affectionne tout particulièrement (on est bien loin du fade The Ride Majestic de la formation suédoise). J’ai même senti à quelques moments des relents du groupe Wintersun, un groupe pour lequel la communauté metal voue un respect sans borne (j’en suis). Avec tous ces comparatifs, vous conviendrez qu’il est difficile de qualifier M.H.X. de groupe de seconde zone.

Pour toutes ces raisons, j’estimais vous faire découvrir cette excellente formation brésilienne. Ce n’est pas parfait. Aucune musique ne l’est. Mais à mon avis, il ne manque qu’à ce quatuor que quelques « back vocals » et un soupçon de claviers atmosphériques. Je vous fais confiance pour ne pas oublier ce nom : M.H.X.’s Chronicles.

Rencontrons-nous désormais de l’autre côté de l’horizon, là où se terminent abruptement océans et terres, cieux et voûtes célestes. Le voyage se terminera peut-être brusquement, mais le voyage en aura valu la peine ! Je tiens également à vous souhaiter une année 2016 beaucoup moins sombre que celle que nous venons de passer. Pour ma part, je serai absent du webzine au cours du mois de janvier, changement de cap oblige. Mais la vie continue, on se retrouvera rapidement, au mois de février, comme si nous nous étions jamais séparés. À plus, chers amis…

Dany Larrivée

https://www.facebook.com/MHXChronicles

https://mhxschronicles.bandcamp.com

Note : également disponible, The Preface, un EP instrumental composé et exécuté par Murillo Xavier en 2013, peu avant la configuration actuelle du groupe.

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec)

Infinite Ocean
M.H.X.'s Chronicles
2015
Autoproduction

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