Lord Buffalo – Tohu Wa Bohu

Tohu Wa Bohu
Lord Buffalo
Blues Funeral Recordings
2020
Jéré Mignon

Lord Buffalo – Tohu Wa Bohu

Lord Buffalo Tohu Wa Bohu

Quand vient le temps de quitter son appartement trop petit, sa ville trop grande, de partir dans les forêts imprenables, traversées par une brume emplie de mystère et d’angoisse, c’est se projeter sur un après hypothétique, tenant plus d’un rêve éveillé. Mais, au moins, ce temps est posé, dans une trace. Lord Buffalo laisse le choix, celui d’une émotion disparue ou d’un possible recommencement.

Et si c’était les deux ? Partir du vide… d’où cet aspect de prime abord dépouillé. Peut-être… Mais Lord Buffalo sait se faire tout aussi épique par son utilisation de son violon (vous pensez à Godspeed You ! Black Emperor ? C’est normal) comme il arrive à plomber sa « mud-folk » savoureuse à grand renforts de guitares plus saturées mais jamais plombantes, arrivant à toucher cet équilibre fragile d’un Om ou d’un Wovenhand, baignant dans ce même côté méditatif et mystique (un peu défoncé aussi).

Lord Buffalo Tohu Wa Bohu Band 1

Si Tohu Wa Bohu est un terme hébraïque, une expression désignant la possibilité d’un nouveau monde et de sa création, alors Lord Buffalo cherche à percer une frontière. Celle d’une folk américana aux racines bien enfouies mais dont les touches expérimentales donne une saveur autre, un cachet. On peut citer ce jeu sur cet espace étiré, modifié, cette temporalité semblant se stopper par instants avant de reprendre sa course dans une direction imprécise. On peut aussi toucher deux mots sur la très chaude voix de D.J. Pruitt rappelant, de manière presque jumelle, Dan Auerbach (The Black Keys). Rien d’étonnant dans ce cas que certains riffs blues-rock rappellent le duo à son meilleur (« Heart Of Snake », frappant), quand les dites guitares, couplées à ce violon protéiforme, n’implosent pas en direct de la stratosphère dans ces envolées épaisses, denses et néanmoins élégantes (« Raziel »).

Lord Buffalo Tohu Wa Bohu Band 2

Qualifier Lord Buffalo dans ses interstices post-rock, cet esprit entre apocalypse et rédemption, cet instant où on ne sait plus si on entre, si on sort de la brume, n’est pas si aisé. Quelque part on n’est pas si loin des déambulations fracassantes de Wrekmeister Harmonies. A certains moments, ce sont ces ballades qui vont entraîner nos pas, c’est la voix qui va prendre par la main et à d’autres, c’est dans la lourdeur de certains passages, dans le creux de certaines touches délétères qu’on s’engouffre dans telle allée, telle berge ou, au contraire, on restera planté là, dans ce brouillard sensitif. Mais jamais Tohu Wa Bohu ne baisse le voile du mystère, il entretient cet élan d’incompréhensible, cette dynamique mystique sans en devenir ostentatoire pour autant. Il parle d’apocalypse, mais aussi de création, de processus et c’est en cela que Lord Buffalo s’élève avec classe dans cet espace d’entre-deux plaintif et impulsif. Alors oui, on est content d’avoir quitté son appartement trop petit d’une ville trop grande. Ne reste plus qu’à prendre un instantané, celui d’une époque, d’un lieu, peu importe, Lord Buffalo indiquera le chemin…

http://www.lordbuffalo.com/

 

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