Hommage à Allan Holdsworth (1946-2017)

 

Le maître du legato reste discret jusqu’au bout

 

Je suis en train de vérifier le nom du guitariste qui m’épate sur le morceau « You Better Wait » de Fiona quand l’annonce du décès d’un autre guitariste vient me frapper. C’est une connaissance batave qui m’en a fait part. Incrédule, je fais ma propre enquête sur internet. Aucune information ne circule quant à sa présumée disparition. Sur le ton de la plaisanterie, je reviens vers mon amie en lui demandant si elle s’amuse à faire monter ma tension. En fait, il s’avère qu’elle tient l’information de source sûre : les filles d’Allan Holdsworth elles-mêmes ! Je vois alors s’égrener dans mon esprit les albums que j’ai cherché à découvrir quand je me suis intéressé de près à la carrière prolifique du maître du legato. Défilent ainsi tour à tour ses collaborations avec Bruford, UK, Soft Machine, Gong, le violoniste Jean-Luc Ponty, les batteurs qu’il a rejoint au ciel, Shaun Guerin et Tony Williams, et enfin ses albums solo, que j’ai tous écouté avec grande attention lorsque je voulais parfaire ma connaissance du rock progressif. Le rock progressif, c’est un mouvement auquel ce guitariste est souvent associé. Il est vrai qu’il a collaboré à des groupes de ce mouvement, tels que Tempest, avec lequel on l’entend jouer du violon, ou le pré-cité UK. Mais en parallèle, il a toujours gardé un pied dans le jazz. Ses collaborations avec le pianiste Gordon Beck, ou encore le batteur John Stevens (voir lien vidéo ci-dessous), mais également sa carrière solo, viennent nous le rappeler.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que son modèle était John Coltrane (il cherchait d’ailleurs à jouer comme lui), et qu’il a fait ses gammes avec des grands noms de la guitare jazz, tels que Django Reinhardt, Joe Pass, Charlie Christian ou encore Wes Montgomery. Son ouverture d’esprit l’a également amené à collaborer avec des personnalités du monde du hard rock et du metal (Eddie Van Halen, Jeff Watson, les frères Johansson, Derek Sherinian entre autres). Au milieu des années 80, à l’instar du guitariste Lee Ritenour, il s’est pris de passion pour le synthaxe, sorte de synthétiseur contrôlé par un manche de guitare, qu’il a utilisé à profusion sur les œuvres solo qui ont suivi. Cela permettait de créer un contraste méditatif avec l’exubérance labyrinthique de son jeu de guitare. A la même époque, alors que les shredders metal et les « fusionnistes » jazz qu’il influence se font remarquer, il continue à publier ses disques dans la plus grande indifférence des médias. Il faudra attendre le revival prog des années 90 pour voir de nouvelles collaborations fleurir, comme à la grande époque, et sentir un regain d’intérêt pour son œuvre. Depuis, on voit son nom à nouveau cité parmi les influences des guitaristes en vue, Mattias IA Eklundh (Freak Kitchen), James Murphy (Death, Cancer, Obituary…), Fredrik Thordendal (Meshuggah), Per Nilsson (Scar Symmetry), ou encore Alex Machacek. Aux côtés d’Al di Meola, ou de John McLaughlin, Allan Holdsworth faisait partie des piliers de la guitare « fusion ». Sa disparition nous rappelle à quel point son influence a été fondamentale dans le développement du jazz-fusion et du metal instrumental.

 

 

Lucas Biela

5 commentaires

  • Yohan

    Allan holdsworth aura changé ma vie, avant lui j’écoutais Steve vai, satriani et autres guitares héros. Le jour ou j’ai ecouté pour man première fois Allan, tout à changé, ma technique, mes oreilles se sont ouvertes aux gammes les plus folles jusques là jamais entendues. J’ai l’impression que je ne serais pas celui que je suis sans lui.
    Nous sommes désormais orphelins.

    Merci Lucas pour ce bel hommage.

    • Lucas Biela

      merci à toi, Yohan, pour ta réaction. Effectivement, pour reprendre le titre du deuxième album de Bruford, il était un « one of a kind ».

  • pat

    Un bel hommage pour ce fabuleux musicien trop méconnu . Je viens de réécouter son solo dans « in the dead of night » dont Bruford se demandait comment il pouvait pondre ça aussi facilement ! Un doigté , un son , le son Holdsworth si reconnaissable .
    Merci pour toutes ces émotions

    • Lucas Biela

      Merci, Pat. Un guitariste bien versatile, capable de passer avec la plus grande aisance d’une agitation étourdissante à des moments de délicatesse relaxante.

  • bourgeois

    pour moi il est unique ,car j’ai entendu son phrasé sur énigmatique océan de Jean-Luc ponty en 1977 ,depuis je ne suis pas arrivé à décrocher depuis 40 ans ,j’ai vu 4 concert de lui .
    Je pense que ce gars n’était pas un terrien comme les autres guitaristes, il avait trouvé quelque chose d’autre, qui faisait de lui un guitariste unique avec cette folie décontracté et ce lyrisme a pleurer, je comprends pourquoi tant de guitariste ont essayés de l’imiter ,mais sans jamais rattrapé le maître holdsworth
    ps: il faut écouter le cd individual choice de Jean-Luc ponty 1983 ou il fait un solo sur une piste ,que même steve vai ne pourrai pas faire sonner comme ça ,mais surtout la recherche et le lyrisme …absolument sublime , adieu l’artiste

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