Guards Of May – Future Eyes

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Bon, une petite pause est de mise. Pas de gros metal tonitruant ni de progressif à l’ancienne pour aujourd’hui. On aime tous cela ici ; moi le premier. Or, il est de bon ton de sortir de sa zone de confort de temps à autres et d’oser. Au moment où j’écris cette chronique, mon objectif est simple. En premier lieu, je désire faire connaître une formation australienne qui, à mon avis, a un talent qu’il faut communiquer et une musique qu’il faut propager. En second lieu, j’ai envie de me laisser aller par une musique plus épurée, moins cérébrale que le progressif. Cela ne signifie pas que je vais sombrer dans la pop. Je n’en suis pas capable. Après tout, la musique de Guards Of May n’est pas non plus sans recherche, bien au contraire ! Et puis, je ne vous ferais pas la vacherie de faire une critique sur Lady Gaga, Justin Bieber ou Rihanna. Soyez tranquilles ! À moins de subir une lobotomie où tout ce qui réside dans ma cervelle serait mis à sac et charcuté jusqu’à en être irrécupérable, cela ne surviendra probablement jamais. Et puis, ne vous en faites pas, ce genre d’envie de fréquenter les sentiers battus ne dure jamais longtemps chez moi. On ne peut extirper le prog d’un fanatique du genre. Je ne suis pas non plus attiré par la facilité. J’aime trop la complexité musicale et le « rush » d’endorphine que me procure les compositions étalagées et polyrythmiques.

Voici que je vous présente fièrement le second album d’une jeune formation de rock alternatif originaire de Brisbane en Australie. Décidément, les Australiens sont comme les Britanniques : ils savent faire une musique qui leur appartient, une musique qui n’emprunte rien aux autres. Je les ai découvert par hasard, fouillant internet à la recherche de quelque chose de neuf à écouter. Puis, je suis tombé sur la pochette de l’album Future Eyes, deux colombes volant dans un décor sidéral légèrement kitsch (en fait, très kitsch). Ma curiosité s’est alors jouée de moi, me menant à cliquer sur le bouton « play » pour écouter une ou deux pièces. Je n’avais a priori aucune envie d’écouter une musique visiblement « hipster ». Je hais la musique de hipster, je hais cette attirance malsaine envers les choses qui manquent de raffinement, les pochettes fluo avec des chatons ou des hommes à moustache affublés de chemises hawaïennes. Contrairement à bien des gens de ma génération, je ne trouve rien de drôle à cela. Mais bon, je suis passé outre l’image et suis passé à l’acte. Force m’a été d’avouer que j’ai été immédiatement charmé par la pièce « On And On », un petit morceau plein d’humilité, presque radiophonique, qui a néanmoins un petit quelque chose qui plait et qui descend bien le long du conduit auditif.

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Et puis, pour la suite des choses, je me suis laissé prendre au jeu. J’ai écouté un autre titre, histoire de dire à ma curiosité qu’elle devait se calmer et laisser ma rationalité prendre les rênes. Or, plus je m’enfonçais dans l’écoute de l’album, plus j’étais convaincu que tout cela me plaisait. Il faut dire que ce genre de rock alternatif ne m’est pas totalement inconnu. En fait, Futures Eyes me fait penser à Neon Ballroom de Silverchair, une formation australienne qui jadis a fait un triomphe en Europe et en Amérique du Nord. Cette impression est d’autant plus vraie lorsque je suis tombé sur les pièces « Annotata » et  « Sirens », deux morceaux où je n’aurais eu aucun mal à me figurer la voix de Daniel Johns à la place de Richo Harvey, l’actuel chanteur de Guards Of May.

Me viennent également à l’esprit certains noms de groupe émergeant donnant tous dans un style musical encore mal défini que l’on relègue à défaut dans la catégorie « rock alternatif » (le phénomène est moins évident que dans les années 1990 où tout ce qui n’était pas rock, classique ou metal était d’emblée étiqueté comme étant de l’alternatif, mais on semble avoir encore du mal à classifier les musiques moins affirmées). C’est le cas entre autres de Vela Ceras, Red Light Sound, Ohio Sky, Ghost Atlas, Circa Survive et dans une certaine mesure quelques formations plus progressives telles que And So I Watch You From Afar, Dream The Electric Sleep et Stolas. Tous ces groupes-ci partagent une sonorité aérienne commune, font usage de guitares au son « clean » où le « gain » est systématiquement absent, possèdent un chanteur à la voix fort jeune et harmonieuse dans un registre pourtant très anglais (légèrement nasillard et un tantinet aigu) et font preuve d’énergie par le rythme plutôt que par l’usage de basses fréquences ou de « riffs » lourds comme on en a l’habitude.

Le genre, que j’aurais plaisir à appeler « Commonwealth rock » de par ses origines anglo-australienne et son « école », est accessible à un large publique. Les titres plus caractéristiques du genre tels que « The Rest Of Them » et « Beacons » possèdent des refrains tout à fait accrocheurs et dignes de faire partie du Billboard. Il s’agit du type de tubes qui se prête totalement bien aux trajets pénibles sur l’autoroute ou qui peut très bien accompagner le réveil avant d’aller au boulot. Ces chansons ont quelque chose d’entraînant, quelque chose de thérapeutique. Le tout est doux, mais énergique à la fois, profond tout en étant accessible. Une formule gagnante quoi. Contrairement au EP Control, un cliché justement alternatif où rien ne dépasse et tout est fadement composé, Future Eyes donne dans la musique qu’on a le goût de chanter. Non, vous ne ferez pas de « headbanging » sur les chansons de Guards Of May. Ce n’est pas le genre de la maison. Souvenez-vous, confrères de la génération X, ce n’était pas le genre de Nirvana, Soundgarden ou Stone Temple Pilots non plus. En revanche, nous avons tous déjà chanté : « With the light out, it’s less dangerous. Here we are now, entertain us… » ou « Black hole sun, won’t you come, and wash away the rain… ». Si cela vous rappelle des souvenirs, vous risquez de faire la même chose sur certains airs de Guards Of May. Faites toutefois gaffe si vous écoutez ce disque dans votre auto, il se peut qu’on vous surprenne à un feu rouge en train de chanter par-dessus les lignes de Harvey. Cela peut être gênant ou bien cocasse. Et puis zut, laissez-vous aller, on ne vit qu’une fois !

Dany Larrivée

Note : Également disponible, Control (EP, 2012).

https://guardsofmay.bandcamp.com

Chronique publiée simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec).

Future Eyes
Guards Of May
2015
Loose Stones Record

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