Gorguts – Pleiades’ Dust

Gorguts-Pleiades Dust

Avant, il fallait oser passer ce premier pas : jeter une oreille sur un album de Gorguts, alors que le groupe revenait de la vallée de la mort. Surprise, découverte, soulagement et poutre de circonstance, le groupe ne renaissait pas, il implosait à la face du monde, du moins de son toit. Maintenant, quand je regarde ma collection, une seule question trotte dans ma tête. Vais-je mettre le dernier Gorguts gratter le diamant de ma platine (parce que le vinyle c’est mieux) ? Question bête, une fois sa journée finie, soleil déclinant. Passons. Gorguts c’est le fluide au service de l’abstraction, l’ineffable sur une trame sinueuse dont on renifle chaque grain de sable. Et ce titre marathon, comme je les aime, de presque 33 minutes d’aller plus loin dans le temps et l’espace. Un titre dissonant, techniquement parfait, labyrinthique et à plusieurs niveaux de lecture sachant varier ses rythmiques lourdes jusqu’à cet instant purement contemplatif où les cordes résonnent sur un simple delay. Comme le vent enlevant le superflu sableux d’une dune, Gorguts époussette le trop plein pour donner la forme parfaite et ronde qu’on retiendra dans un cliché photographique, voire cinématographique.

Gorguts-band

En effet, y sent-on une progression ordonnée, millimétrée, tel le bâton dessinant une forme vaguement géométrique sur le sable mouillé d’une plage au gré des errements littéraires de Luc Lemay. Si ce dernier, parlait du Tibet sur le précédent album, celui-ci conte la chute de la plus grande bibliothèque du monde par la connerie inhérente aux fanatiques de tout poil trop accroché à la pratique hypocrite de l’autodafé… La maison de la sagesse de Bagdad, bibliothèque gargantuesque de savoir, encore plus grande que celle d’Alexandrie, qui fut détruite en 1258 par l’armée mongole. Oui, le death metal de binoclard peut aussi amener un semblant de réflexion à partir du moment qu’on y met du cœur et des tripes à l’ouvrage. Ces boyaux, ce n’est pas forcément par la voix, ici sous-mixée (plutôt lo-fi même), mais dans cette propension à tisser des fils qui s’entremêlent dans le chaos d’un instant, ambitieux, brutal et panoramique. Imaginez, un plan séquence délirant sur un millénaire de connaissances semblant échapper à l’auditeur, tellement catégorique à montrer sa destruction par la connerie authentique et guerrière (tout aussi authentique) par le simple agencement de notes placées ci et là. Et viennent les ruines qui s’effondrent, l’odeur du papier carbonisé qui se mêlent au sang se mélangeant à l’eau de la rivière.

Gorguts remet le savoir à un niveau d’égalité. Bafoué, meurtri, torturé mais jamais oublié. Aussi, je ne dirai pas seulement d’écouter avec urgence Pleiades’ Dust mais aussi d’ouvrir et de feuilleter un livre, de plonger dans les phrases, oxymores et autres figures de style qui en constituent  la fibre. Parce que, cette nouvelle création de Gorguts n’est que ça. Un parchemin sous plastique, un livre déniché dans une brocante, une écriture dont on perd son week-end ensoleillé à déchiffrer le message caché et les propos sous-jacents. De sa pochette à ses arrangements brutaux et atmosphériques, Gorguts nous a pondu une œuvre, un petit bijou dont on range précieusement ses reliefs sous écrin. Oui, Pleiades’ Dust est une baffe 100% authentifiée…

Jéré Mignon

http://www.gorguts.com

https://gorguts.bandcamp.com/album/pleiades-dust

Coup de Coeur C&Osmall

Pleiades' Dust
Gorguts
2016
Season Of Mist

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