Ghost – Meliora

Ghost  Meliora

Après Opus Eponymous (2010) et Infestissumam (2013), les Suédois de Ghost étaient attendus au tournant, aussi bien par leurs fans inconditionnels que par leurs détracteurs invétérés. Il faut bien reconnaître que la qualité de leurs premières réalisations, bien trop sages pour certains, en agaçait d’autres par certaines audaces au caractère irrévérencieux, tandis qu’une troisième cohorte criait au génie du renouveau du « metal ». Et comme Ghost joue sur des clichés pour le moins irritants – un côté sataniste qui n’est en fait qu’une théologie inversée, des musiciens masqués aux noms obscurs, une tendance pop hérétique pour les métalleux –, nombreux sont ceux qui, comme autant de gardiens du temple, n’hésitent pas à les découper à la tronçonneuse, au même rythme et avec le même acharnement que la montée de la popularité du groupe s’accélère. Alors Meliora, ce disque au titre un brin prétentieux (expression latine à traduire comme quelque chose qui tend à être meilleur), doit-il être voué aux gémonies ou bien serait-il la marque d’un génie obscur inspiré par le Malin ?

Eh bien, les arguments peuvent être entendus des deux côtés. En effet, le côté guignolesque religieux fera rire ou grincer, c’est selon. Le chanteur, sans changer, a modifié son nom, passant de Papa Emeritus II à Papa Emeritus III, et a vu une modification de son maquillage. Les cinq « Nameless Ghouls » sont désormais dotés d’une tenue plus sobre et d’un masque classieux. En revanche, la couverture de l’album et le livret, tout en restant dans le style années 30 visiblement aimé par notre combo, ne sont pas ce qu’il y a de mieux sur cette galette (et ce même si les illustrations intérieures en noir et blanc sont intéressantes, c’est l’ensemble qui ne fonctionne pas, même si c’est toujours le polonais Zbigniew M. Bielak qui est à l’œuvre) ! Et comme je n’aime guère le logo de Ghost, je pense qu’il serait temps de leur conseiller un illustrateur français de mes amis qui leur fera à n’en pas douter un packaging fort avenant pour leur prochain album. Côté production, je sens que les crinières des aficionados du metal vont se dresser telles des crêtes de punks en apprenant que c’est Klas Åhlund qui est aux manettes (ayant produit Madonna, Kylie Minogue ou Britney Spears, il n’aura sans doute pas l’approbation des graisseux). Pourtant, si la production n’a rien de bien inventif, elle est propre et efficace, tout en équilibre (grâce aussi au mixage de Andy Wallace).

Ghost-band

La signature de Ghost, c’est cette propension à mêler des riffs bien sentis à des refrains accrocheurs, voire pop, avec des alternances qui rapprochent un peu plus le groupe du rock progressif, singulièrement de celui des années 70 (les orgues) et de groupes plus récents comme Opeth. Le premier titre, « Spirit », est caractéristique de cette évolution, après son intro digne d’un film d’horreur de série B ou Z. « From the Pinnacle to the Pit » durcit le ton avec son riff de basse criblée de fuzz. Les guitares s’entremêlent et le chant de PE III assure sans trop en faire. Les soli sont concis mais efficaces, sans démonstration inutile. Dès ces deux morceaux, on sent l’importance prise par le jeu de batterie. « Cirice » (voir la vidéo ci-dessous), nous amène du côté d’un Slayer qui aurait écouté du prog tout en se prenant pour Black Sabbath. C’est gras à souhait, ça dégouline de guitares lourdes, avant un break tout en douceur amené par le piano. Tout est parfaitement maîtrisé sur ce morceau, avec des soli de guitares convaincants (ça respire son Thin Lizzy et autres) et des variations sur les mêmes structures parfaitement bien enchaînées. La théologie inversée dont je parlais au début, sous couvert de satanisme, est idéalement illustrée par « He Is » (« He Is the Shining and the Light Without Whom I Can Not See »), un véritable hymne aux guitares acoustiques merveilleuses, de même que les harmonies vocales (ils viennent du pays d’Abba, ces p’tits gars), une petite perle de douceur dans un flot relativement plus déchaîné, joliment précédée par un bel instrumental joué à la cithare, « Spöksonat ». « He Is » est un de ces morceaux à passer en boucle et à chanter sous la douche.

Avec « Mummy Dust », nos Suédois proposent le titre le plus métallique de ce nouvel album avec son introduction martiale, son riff agressif, ses claviers eighties et sa voix plutôt doom. « Majesty » commence comme un Deep Purple ou un Rainbow des années 80 avant que les voix n’amènent encore un côté épique à cette cavalcade. Un second interlude, « Devil Church » nous catapulte gentiment vers le final constitué de « Absolution » et de « Deus in Absentia ». Si le premier évoque singulièrement Yes (plutôt période Rabin, eh oui !) et propose de belles volutes progressives, le second décolle sur un riff qui rappelle celui de « A View to a Kill » de Duran Duran avant de partir dans de savants dosages pop/hard-rock/prog ponctués de chants religieux qui marquent la fin de l’album !

On n’aura finalement pas vu passer les 41:36 d’un album construit comme un vieux vinyle, bourré d’influences tout à fait digérées et remarquablement agencées dans des compositions léchées ou rien ne semble placé au hasard. Ce point pourrait d’ailleurs marquer les limites de Meliora, s’il n’y avait ces enchevêtrements de construction allant de la pop au metal en passant par le prog, l’équilibre quasi parfait et la maîtrise technique de l’ensemble. Alors, si aimer Ghost et leur Meliora c’est être sataniste, me voici converti ! « All Beauty Lies Within… Your Infernal Majesty. »

Henri Vaugrand

Coup de Coeur C&Osmall

http://ghost-official.com

Meliora
Ghost
2015
Spinefarm Records

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