Gavin Harrison – Cheating The Polygraph

Gavin Harrison Cheating The Polygraph

Gavin Harrison est un batteur qui a fait décoller sa carrière en rejoignant le groupe de rock progressif Porcupine Tree en 2002. Pour permettre à son jeu de s’exprimer le plus librement possible dans le premier opus qu’il sort sous son nom, c’est bien évidemment vers le jazz qu’il s’est tourné. Mais pas n’importe quel jazz, celui des big bands. Il a en effet vu grand en souhaitant s’adjoindre les services d’une section de cuivres et de vents dans des réarrangements de compositions puisés dans le répertoire du groupe qui l’a accueilli en remplacement de Chris Maitland. Dans ce premier témoignage solo, les cuivres arrivent subrepticement et résonnent avec autant de fracas que d’élégance, nous entraînant dans un tourbillon enivrant. Leur enthousiasme est tellement étouffant, qu’il en vient à tourner à l’orage dans les moments les plus oppressants. Impossible de ne pas esquisser un grand sourire à leur son. Une flûte enchantée les accompagne de-ci de-là pour nous transporter dans des mondes exotiques. La batterie, de son côté, swingue quand elle ne s’engage pas dans des polyrythmies étourdissantes.

Tous nos sens sont en émoi devant tant de passion et de complicité. Cependant, signalons deux ombres au tableau. En premier lieu, « Heartattack In A Layby » est trop linéaire et quelque peu soporifique, même si son titre laisse supposer l’inverse (la surprise et la violence). Le titre de la pièce vivifiante qui le suit se prêterait justement davantage à cet univers lénifiant ! (« The Pills I’m Taking (Anesthetize) »).

Gavin Harrison

Par ailleurs, sur « Hatesong/Halo », même si on admirera le jeu de cymbales du quinquagénaire, les tendances binaires de sa frappe ne font pas bon ménage avec ces cuivres virevoltants qui ne demandent qu’à être suivis dans leur ronde infernale. Ces écueils n’empêchent pas le propos rythmique de présenter par ailleurs une remarquable inventivité. Car en effet, dans l’ensemble, ce premier album d’un batteur très demandé depuis qu’il a rejoint les arboristes amateurs de porc-épic, tient bien ses promesses.

Voici donc un opus qui renoue avec la spontanéité et la richesse musicale des grands ensembles de jazz, tels que celui, fameux, de Buddy Rich. Les fans de Porcupine Tree, à moins de présenter le même état d’esprit que Jean-Luc Ponty en 1984, le bouderont probablement. Les mélomanes en revanche l’apprécieront à sa juste valeur. Cette forme d’hommage de Gavin aux héros de son adolescence marque une véritable renaissance pour celui qui démarrait sa carrière musicale il y a trente ans en tournant avec une formation britannique du nom de… Renaissance.

Lucas Biela (8/10)

http://www.gavharrison.com/

Cheating The Polygraph
Gavin Harrison
2015
Kscope

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *