Gallileous – Fosforos

Fosforos
Galileous
Prog Metal Rock Promotion
2021
Lucas Biela

Gallileous – Fosforos

Gallileous Fosforos

Gallileous, portée par son guitariste Tomasz Stoński, est une formation qui existe depuis le début des années 90. D’un funeral doom sombre, on est passé à un stoner lumineux. Et depuis l’arrivée d’Anna Pawlus en 2015, nos Polonais tentent de casser les codes de ce dernier style. Ils y parviennent en abordant leur musique avec une approche moins canonique et en multipliant les clins d’œil à d’autres styles. Fosforos est le troisième album en cinq ans avec leur nouvelle chanteuse, et comme pour les précédents, la qualité est au rendez-vous.

Curieusement, le groupe a décidé d’ouvrir l’album avec une ballade. Mais cela fait probablement partie de sa volonté de ne pas rentrer dans les rangs du tout-stoner. Nonobstant mon étonnement, c’est une belle ballade pleine d’un charme estival. La guitare en spirale, les percussions et les vocalises insouciantes permettent en effet d’y retrouver les moments les plus ensoleillés d’une formation psychédélique type Jefferson Airplane. Plus loin, c’est un changement de saison qui s’opère avec sa sœur mélancolique, « The Basilisk ». Celle-ci viendra de fait caresser nos oreilles de sa beauté automnale. Ailleurs, au rayon des pieds de nez au tout-stoner, on pourra également mentionner « Bakeneko ». Avec ses ambiances soul et smooth jazz, cette chanson n’est pas sans rappeler l’univers de Sade. Mais surtout, oui surtout, il faut mentionner le morceau qui suit. En effet, « La La Land» (le titre est déjà un bon indicateur), véritable hymne bubblegum pop, fera déhancher le public dans les concerts que les quatre Polonais donneront.

Gallileous Fosforos band1
Pourtant, attendez, si le groupe est classé stoner, c’est bien qu’on doit en entendre ? Et effectivement, si l’on ne s’en tient qu’aux deux seuls morceaux chantés dans la langue de Mickiewicz, le morceau-titre et « Ja Monster », on y retrouve tous les ingrédients, même si le premier lorgne vers un terrain plus cosmique que tellurique. Des titres comme « The Groke » et « An Invisible Man », sur lesquels l’ombre de Black Sabbath plane, s’inscrivent également dans cette mouvance. À l’écoute du premier d’ailleurs, on pourra même penser au fameux « Evil Woman », qui, comme tout le monde le sait, est une reprise des non moins fameux Crow. D’autres morceaux ont le cul entre deux chaises. C’est ainsi le cas de « Frankenstein ». Une fureur bien rock y entrecoupe les échos songeurs d’une guitare qu’on croirait tout droit sortie des sessions d’enregistrement de cette autre reprise, « House Of the Rising Sun » des Animals (c’est la valse des reprises dans cette chronique !) et les rêves d’espace des nappes de claviers. Eh oui, Frankenstein a deux facettes, c’est un monstre en apparence, mais il est bien humain par ses actes. De même, « The Basilisk » présente un magnifique ciel dégagé dans ses claviers hantés et sa voix implorante avant qu’un spleen doomique ne vienne l’obscurcir.

Gallileous Fosforos band2

La voix d’Anna, dans un registre très bas (on pourra penser à Inga Rumpf de Frumpy, Atlantis), se prête bien à cette versatilité, et à ce partage d’émotions. On y retrouve la gravité de Nina Simone, les tourments de Siouxsie Sioux et le feu de Janis Joplin (excusez du peu). Sur le plan musical, les compagnons de la belle posent les atmosphères et les mélodies de manière sobre, sans jamais tomber dans des excès. J’ai déjà mentionné le jeu de claviers et de guitare, mais il ne faut pas oublier la rythmique portée par les recrues récentes, Michał Szendzielorz à la batterie et Paweł Cebula à la basse. Tout d’abord, la complicité entre ces deux-là est palpable. Comment en effet ne pas relever cette synchronisation dans leur marche prudente sur « The Basilisk » ? Ensuite, leur apport aux ambiances est capital. Prenons donc un exemple. Autour de la couverture nuageuse menaçante que créent les cordes tout le long et des appels à l’aide dans les frappes du refrain, c’est l’atmosphère toute troublée d’« Invisible Man » qui se dessine devant nous. À l’instar de Malossi, Gallileous tracent leur sillon dans le milieu hermétique du stoner. Avec une voix reconnaissable entre toutes et une musique qui tente de transcender les genres en gardant cependant une certaine cohérence, ce serait une erreur de passer à côté de cette formation. Au vu des choix stylistiques des trois derniers opus de la formation, nul doute que l’esprit créatif de Tomasz et la plume prolifique d’Anna vont à nouveau faire des étincelles à l’avenir. En attendant, on pourra laisser la flamme de ce Fosforos allumée sans courir le risque de se brûler.

https://www.facebook.com/gallileous

https://gallileous.bandcamp.com/

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