Foray Between Ocean – Depression Neverending

Foray Between Ocean-Depression Neverending

Le très pale, fade, tiède et monochrome Ride The Majestic de Soilwork m’a laissé sur ma faim. Je n’y ai perçu qu’un désire purement mercantile de lancer un disque pour faire simple acte de présence, pour ne pas être oublié du public. On était bien loin de la passion contagieuse de Strid et sa bande du temps de Sworn To A Great Divide (2007), The Living Infinite (2013) et du légendaire Stabbing The Drama (2005), mon album préféré d’entre tous.

Ici, Foray Between Ocean reprend la mise et la remet intégralement en jeu, cartes et jetons étendus sur la table. Et dire que j’estimais que rien de notable dans le metal ne pouvait provenir de cette chère Méditerranée mis à part Planet Of Zeus (stoner), Universe217 (doom) Rotting Christ (black metal), Septicflesh et Fleshgod Apocalypse (death symphonique). C’était se méprendre que de penser qu’il n’y avait dans cette si vaste région que des musiques codifiées par la tradition et le carcan du conservatisme (quoi qu’on en sort très peu, notamment en Italie où ça ne brasse pas particulièrement, sauf avis contraire). Le metal de ces musiciens grecs a pourtant de quoi revamper l’image que l’on se fait de la musique hellénistique.

Foray Between Ocean-band

L’ouverture de la musique au niveau international est de plus en plus large, mais il reste encore beaucoup à faire. Oui, internet et les médias sociaux nous offrent l’occasion d’échanger de la musique, de découvrir et de télécharger plutôt que de se ruiner sur un disque d’importation plus qu’onéreux (je me souviens de l’époque où j’étais un étudiant paumé et que je devais payer mes CD de Cradle Of Filth 40$ CA/ch., soit environ 28€; imaginez, cela fait 15 ans de cela !). Enfin, bref, nous avons de nos jours toutes les chances d’élargir nos horizons et de se goinfrer de musiques venant d’ailleurs. Mais il y a toujours ce petit hic insurmontable : il y a de la musique partout, de la musique de tous les genres, de la musique à créer une cacophonie et un océan de possibilités. Résultat : tout ce perd dans cette grande marée déferlante, que dis-je, ce tsunami musical ! On trouve de tout, mais on ne trouve plus rien. Or, par manque de temps et parce qu’il faut bien faire le tri, on choisit ses endroits de prédilection, on se rabat sur le sempiternel metal américain (pas toujours le plus ingénieux), le metal germanique (assez efficace, mais pas le plus novateur), le metal français (ah, là on commence à parler, parole de québécois fan de metal franchou), le metal scandinave de la Finlande, de la Suède, du Danemark et de la Norvège (là, on est rarement en zone de confort et c’est bien) ou on fait le marginal et on fait un saut en Europe de l’est, en Russie ou bien en Pologne (là encore, on néglige l’Ukraine pourtant riche en musique métallifère). Mais ça, c’est pour les plus dégourdis et les plus aventureux d’entre nous. Qui a osé se dire un matin, au réveil :  » je vais chercher du metal de Lettonie, de Tchécoslovaquie ou de l’Inde ? ». Il n’y a pas foule, voyez… Or, nous aurions tout à gagner de sortir de ces sentiers battus. La preuve en sera faite ici même, chers amis !

Avec Depression Neverending, un premier disque orchestral et lyrique mur-à-mur, le quintet athénien a de quoi nous faire tendre l’oreille vers les Cyclades ! On est en présence d’un produit totalement convainquant, issue pourtant d’une maigre expérience de groupe, puisque la formation n’est née que l’an dernier. C’est le cas de le dire : ces mecs ne chôment pas ! Mais n’allons toutefois pas croire que parce que la formation n’a vu le jour que depuis peu que ces musiciens sont sans expérience. Houlà, ça serait se fourvoyer profondément ! Anyway, comme disent les Américains, écoutez l’album et vous saurez qu’on n’a pas affaire à des musiciens d’opérette… En fait, le guitariste Dionisis Christodoulatos et le bassiste Ilias Bouzeas proviennent tous les deux de la formation Sorrowful Angels, un projet de gothic metal/dark melodic metal fort connu en Europe centrale (Dionisis y est toujours guitariste et chanteur, et ce, depuis 2008). Et puis, le son et la production impeccables de ce premier opus sont attribuables à l’expérience de ce même Dionisis. Aux commandes du CNF Recordings Studio, le musicien sait y faire avec une console et des logiciels. Là encore, on n’a pas affaire à un gugusse de seconde zone puisque celui-ci est l’homme derrière A Harrowing Atrocity de Dark Portrait, Below The Sea Of Light de Floating Worlds, de Infant Of Trash du groupe Domination, l’AOR émergeant du groupe Silked & Stained et une foule de productions plus éclectiques les unes que les autres.

Côté musique (et c’est surtout pour ça qu’on est là), Foray Between Ocean fait dans un death mélodique tout ce qu’il y a de plus efficace. On croirait un nouvel album de Soilwork, sans titres de remplissage. Car, on doit se le dire, Soilwork fait souvent des disques de 12 ou 14 chansons qui pourraient être écumés et ne faire qu’un simple EP… Mais voilà, Foray réussit là où Soilwork faillit. Les voix de Jon Toussas et de Dionisis, aussi délicieuses que celle de Strid, varient d’une tonalité très basse dans les growls au registre vocal des meilleurs ténors de l’univers metal (voir entre autres le refrain de « Castaway In Disappointment » et « Smiling Face Of Vanity »). Et en prime, Toussas nous donne même quelques screeches dignes de ceux de Dani Filth, à l’époque où ce dernier avait encore le larynx pour le faire (voir à ce sujet les pièces « Lost Sky » et « My Orient » en introduction).

À ce titre d’ailleurs, on pourrait faire le rapprochement entre la musique de Foray Between Ocean et le black metal de Dimmu Borgir (surtout si l’on se concentre sur la batterie de Kostas Milonas à la technique approchant celle de ce cher Nicolas Barker), entre le death monumental des athéniens et le metal américain des Killswitch Engage et Trivium (dans une très mince proportion cependant, et ce, principalement dans la piste « Path Of Darkness »), le metal de la formation canadienne Threat Signal et le death symphonique de Fleshgod Apocalypse (comment ne pas faire le rapprochement avec le groupe italien, surtout en écoutant « Castaway In Disappointment », « Darlink Thrust » et « Piece Of Life »).

En somme, Foray donne dans le death progressif, dans le death mélodique, dans le death symphonique, dans le black bourré de claviers, dans le metal prog en général. Où le situer définitivement dans ce cas ? Je ne sais trop… dans la catégorie death prog mélo-symphonique fusion ou quelques catégories encore trop restreintes pour tout contenir. Ce que je sais, en revanche, c’est que c’est géant, monumental, épique, c’est dense comme un trou noir, mais ça ne fracasse pas pour le simple plaisir de fracasser et de tout démolir. Dans la veine death mélodique, Foray Between Ocean s’affère à établir l’équilibre entre l’énergie dévastatrice du Chaos et l’énergie génésiaque de l’Ordre. Et dans ce maelstrom envoûtant dans lequel je voudrais me perdre sans crainte, je n’ai de mots pour définir mon appréciation à l’égard de ce disque. Ceci vaut mille mots :

Coup de Coeur C&Osmall

Votre dévoué et cinglé chroniqueur metal

Dann the djentle giant

https://foraybetweenocean.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/ForayBetweenOcean

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (Paris) et Daily Rock (Québec)

Depression Neverending
Foray Between Ocean
2016
Autoproduction

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