Fleshgod Apocalypse – King

Fleshgod Apocalypse-King

Un boulet en pleine gueule, une massue qui dégomme une enclume en acier valérien (le meilleur acier selon G.G. Martin), une grue qui tombe en plein New York, un tsunami qui pourrait emporter le mont Fuji, une éruption du Pinatubo, tout cela ne serait rien par rapport aux sorties de ce 5 février 2016. Pour moi qui ait passé le temps des fêtes au bureau à faire des heures supp, qui n’a pu profiter du temps en famille, du congé payé et de la bonne chair, Noël, c’est ce soir. Je me fais d’ailleurs plaisir et l’industrie de la musique metal me fait un tas de cadeaux : le groupe hollandais Textures lançait aujourd’hui le très attendu Phenotype (un disque très efficace qui s’est fait attendre), alors que le gargantuesque groupe de metal progressif allemand Obscura dévoilait Akróasis, son quatrième album.

Mais le présent ultime est sans aucun doute la sortie de King, le petit dernier du quintet death symphonique Fleshgod Apocalypse. Après avoir été absent d’internet et de Clair & Obscur pendant près d’un mois (parce que je plaquais tout dans ma vie pour repartir à neuf), voici que je t’offre cet uppercut en pleine poire. Bien que je n’aie pas une dent contre toi, cher lecteur, tu auras tout de même mon poing dans la tronche. Et puis zut, ce n’est pas par méchanceté ni par accès de violence que je te propose une avoine, c’est que le King de Fleshgod est un putain de bélier en direction de la grande porte. Et fais-moi confiance l’ami, il ne restera après tout ça que des miettes !

Fleshgod Apocalyse-band

Bon, trêve de préambules, King est le cinquième disque de la formation italienne. Et on jurerait par tous les dieux et par tous les démons que ce groupe est constitué de vieux routards et que chaque musicien a mené 9 vies à égrener les arpèges plutôt que les pater. Les cinq mecs de Fleshgod Apocalypse n’ont d’italien que le lien de sang et la géographie, car il me semble que le metal italien, il est rare ! D’ailleurs, qui pense Italie pense davantage au conservatisme musical, à la tradition, aux airs folkloriques de la Sicile, au tango et à l’opéra. Fleshgod ne correspond à aucun de ces archétypes. Il s’en éloigne d’ailleurs joyeusement. Déjà, avec l’album Oracle en 2009, le groupe hurlait son trop-plein de testostérone et exsudait l’hyperactivité, tout en clamant haut et fort son horreur du vide. Leur musique, d’un death metal lourd, ampoulé et baroque à l’excès (on notera ici la nécessité du pléonasme), faisait écho aux mémoires de ces chers Mozart et Bach, jurant qu’après un morceau, il ne serait plus possible de trouver de la chair sur le bout de leur doigt. Tout cela était bien plaisant. Mais tout cela était peut-être un peu exténuant après coup. Pour ma part, j’ai découvert le groupe avec l’album Labyrinth, un disque magistral qui ne laisse aucune place à la réflexion. Je dis cela car il est impossible d’intellectualiser pareille musique. Rien ne sert de la décortiquer, d’en définir la mathématique ou d’en cerner les notes individuelles. Le death technique que nous offrent ces cinq Romains à la toison de Samson se ressent, se vie, se fraie un chemin à travers le conduit auditif et la cervelle.

Avec King, la formation monte la barre d’un cran. Elle prouve que sa technicité manifeste n’a d’égal que son orchestration et l’amplitude de ses compositions. À cela, je dis un gros « bravo ! ». Pour ceux qui, comme moi, éprouvez une joie sans égal à l’écoute d’un morceau grandiose enrichi de cordes, de cuivres, de percussions classiques et d’un ensemble symphonique, vous ne serez pas en reste. Un tel arrangement ne m’avait été donné d’être entendu qu’à de rares occasions. Mis à part l’album live de Metallica aux côtés de l’Orchestre Symphonique de San Francisco et du génialissime Michael Kamen (1999), les sublimes Puritanical Euphoric Misanthropia et Death Cult Armageddon de Dimmu Borgir (respectivement lancés en 2001 et 2003), les albums Drudenhaus et Redemption Process d’Anorexia Nervosa (parus en 2000 et 2004), l’éphémère Death’s Design de Diabolical Masquerade (2001) et certains morceaux du récent disque du groupe Earthside dont la succulente pièce « Mob Mentality » (2015), je ne crois pas avoir entendu pareille profondeur, pareille énergie, pareille communion entre le metal avant-gardiste (très moderne) et la nomenclature classique (très passéiste a priori). C’est vous dire comment la nouvelle galette de Fleshgod Apocalypse était attendue chez moi.

De façon générale, certaines pièces de l’album renvoient aux envolées orchestrales d’Anorexia Nervosa (aux fans de la défunte formation, n’hésitez pas à tendre l’oreille). C’est le cas avec « In Aeternum », une piste aux crocs et griffes acérés. On sent d’ailleurs entre les deux groupes un esprit commun dans la composition, quelque chose qui propose la chute de Lucifer, cet ange de lumière qui se voulait également le mutin de Dieu. Il y a dans ce titre à lui seul tout l’enfer et tout le ciel. On ressent par endroit la rédemption (lors d’envolées lyriques et d’usage prononcé de claviers), alors qu’on a l’impression d’une brusque et violente chute aux enfers au son tumultueux et « baal-esque » de la batterie de Francesco Paoli. Il est par contre à supposer que les musiciens italiens ignorent même l’existence du défunt groupe nantais, puisque ce dernier s’est dissout en 2005 et que les échanges musicaux n’étaient pas aussi faciles qu’ils le sont actuellement. Enfin, bref, il me semble impossible de faire plus intense sans tomber dans le mauvais goût et l’excès. Tout cela représente, à mon humble avis, l’apex du metal symphonique. Un peu moins, et c’est vachement moins accrocheur, un peu plus, ce serait indigeste. Fleshgod a su doser, mettre ce qu’il fallait où et quand il le fallait. Je n’ai rien à redire. Les pièces sont d’une longueur tout à fait raisonnable, les prouesses musicales dont témoigne chaque composition ne génèrent pas l’écœurement (ce qui, dans mon cas, peut tout à fait être possible lorsque j’entends un Malmsteem ou un Steve Vai) alors que les voix de Tommaso Riccardi et de Paolo Rossi alternent avec brio le chant guttural typique du death brutal et le chant parfois clean du death mélodique (le chant clean de Rossi dans « In Aeternum » et « The Fool » rappelle d’ailleurs celui de Björn Strid, le chanteur de Soilwork).

Règle générale, l’énergie qui se dégage de l’ensemble ne se trouve pas chez le droguiste du coin et lors de rages et de colères, vous saurez où aller pour trouver réconfort (notez qu’il est très possible d’écouter King sans avoir des envies meurtrières; la preuve, je suis assis paisiblement avec mon portable sur les genoux, un petit verre de vin avec pour seule présence une douce lumière tamisée, mon écran et cette musique en premier plan… rien de bien offensif). Puis, si le growl ne vous dit rien (on n’a pas toujours envie d’entendre hurler), une version instrumentale et purement orchestrale de chaque morceau est offert en bonus sur l’album numérique. On ne peut pas dire que les mecs de Fleshgod Apocalypse ne sont pas commodes, n’est-ce pas ?

Bien que 2016 ne fait que commencer, je crois bien avoir l’audace de mettre cet album en tête de mon palmarès pour l’année. Ce disque ne saurait être détrôné que si Deftones fait du bon travail avec leur nouvel album Gore (qui, au demeurant sortira le 8 avril !). Dans ce cas, il sera no. 2. C’est tout de même foutrement bien, non ? Allez, faites-vous une idée, mes seuls mots n’arriveront pas à résumer mon impression et mon appréciation vis-à-vis de ce petit chef-d’œuvre metal. Bonne écoute.

Dann

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Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec)

King
Fleshgod Apocalypse
2016
Nuclear Blast

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