Druckfarben – Second Sound

Druckfarben – Second Sound

L’histoire de Druckfarben remonte au début des eighties à Toronto quand le guitariste Ed Bernard et le batteur Troy Feener décident de monter un groupe en commun. Bientôt rejoint pas le jeune claviériste Will Hare (grand fan de Bach et de Rachmaninov devant l’éternel) et par le bassiste Peter Murray (qui fait ses gammes sur le « YYZ » de Rush, histoire de vous situer le niveau), notre duo de choc flashe ensuite sur le chanteur Phil Naro, transfuge du gang de metal Talas. La suite est malheureusement moins joyeuse, la formation étant incapable de creuser son trou dans une décennie faite de flashes et d’éphémères. Elle se contente alors de jouer, pour le fun, des reprises des maîtres à rêver des seventies jusqu’à ce qu’une dizaine d’années plus tard Troy Feener rejoigne le Classic Albums Live, un collectif spécialisé dans la reprise note pour note des premiers albums de Yes. Lorsqu’il s’agit d’interpréter sur scène « The Yes Album » et « Close To The Edge », notre batteur débonnaire fait immédiatement appel à ses anciens confrères et amis et l’histoire de Druckfarben peut repartir en beauté.

Le groupe donne ainsi son premier concert depuis sa reformation le 1er mars 2008 dans l’Ontario. La set list se compose de covers de Yes, Genesis, King Crimson, Gentle Giant, Kansas et Rush ainsi que de l’intégralité des deux opus de Yes cités ci-dessus. Le gang attire alors naturellement l’attention de personnalités aussi célèbres que Nick D’Virgilio (ex Spock’s Beard) et Terry Brown (producteur attitré de Rush). Rien d’étonnant, de ce fait, à ce qu’en 2011 Druckfarben sorte un premier CD éponyme fort prometteur. Trois ans plus tard, le combo est de retour avec l’ambitieux « Second Sound » qui pose, en guise de préambule, quelques considérations sur la difficulté de la critique dans un webzine de rock fait par des passionnés pour des passionnés. Comment arriver à restituer par les mots la réalité objective de la musique d’une formation ? Un défi perdu d’avance, chacun ressentant cet opus selon sa sensibilité, son vécu et ses propres aspirations. Mais trêve de philosophie de comptoir, « Second Sound » semble de nature à satisfaire tout le monde : ses huit compositions marient en effet avec succès modernité sonore et complexité harmonique.

Depuis le premier disque du gang, les morceaux ont progressé en complexité et se sont épanouis vers des horizons plus larges. Toujours fortement influencée par Yes (on ne se refait pas), la bande à Will Hare nous offre un opus de belle facture, articulé autour de huit pièces ambitieuses à souhait. Nous avons donc droit à de longues plages instrumentales d’une technicité ma foi assez affolante (« Surrounds Me », « In Disbelief » et « Liberated Dream » qui évoquent toutes trois le défunt et génial Kalaban). Des breaks de guitare incessants se mêlent à des claviers sidérants de virtuosité (le démoniaque titre d’ouverture « An Answer Dreaming »). Propulsée par une rythmique impeccable, la musique est ici à la fois puissante et tonique et flirte souvent avec l’embrasement le plus total (le furieux « Dandelion » ou la suite finale de 19 minutes « Second Sound », magnifiée par un violon virtuose).

Quant au chant, il sonne incroyablement andersonien (sacré mimétisme, en vérité, notamment sur les jolies ballades « Long Walk Down » et « Surrounds Me » qui aèrent fort à propos un CD par ailleurs globalement assez furieux). Atteignant un équilibre réussi entre des mélodies mélancoliques et un power prog dopé au LSD, « Second Sound » est un bien bel exercice de style. Nul doute que ses géniteurs rivaliseront avec les plus grands lorsqu’ils se seront émancipés de la tutelle yessienne ici encore très (trop ?) présente.

Bertrand Pourcheron (7,5/10)

http://www.druckfarben.ca/

 

  CD disponible auprès de George’s Shop :
http://www.shop33.net/

 

Second Sound
Druckfarben
2014
Autoproduction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *