Dix questions à Member U-0176 (BOREDOMproduct, Celluloide, Signal~Bruit)

C&O : Comment, par qui, pourquoi as-tu mis un premier orteil dans la musique électronique ou même directement dans l’électro ?


Member U-0176 : Je m’en souviens très exactement, car ça s’est passé en deux moments très précis. Le premier ça a été le clip de « People Are People » de Depeche Mode. Je n’avais jamais été très intéressé par la musique, je n’écoutais rien de précis… mais quand j’ai vu ces images d’un groupe qui ne jouait pas d’instrument, qui tapait sur d’énormes chaines pendant qu’une usine de pressage de disque marquait le tempo, ça m’a hypnotisé. Tout était rythmique, les mélodies, les bruits, et on ne voyait pas un groupe en train de mimer un concert avec des guitares ni un film qui raconte une histoire, c’était totalement dédié et synchronisé aux rythmes du morceau. Après ça, je me suis jeté sur leur discographie. je me souviens que le clip passait en rotation sur le canal réservé à Canal+ avant que la chaîne ne soit lancée. Le second, c’est d’avoir posé les mains sur un synthé, chez un copain… Je ne me souviens plus du tout de quelle machine il s’agissait… Je pense que c’était une sorte d’orgue/synthé dans le genre du Jen Brio qui appartenait à ses parents. je me souviens très précisément du moment où j’ai enfoncé les touches du clavier, et la sensation des doigts en déclenchant ces sons totalement artificiels. Après ça, je pense que j’ai dû passer l’après-midi à jouer ce que je pouvais (la mélodie de « Just Can’t Get Enough » était à ma portée) sur ce clavier… J’ai donc décidé d’acheter mon premier synthé à ce moment là… décidé parce que j’ai dû tout de même économiser quelques années.

C&O : Et ensuite, quelle fut l’évolution ? Et sous l’influence de quels groupes/musiciens ?


Member U-0176 : Puisque j’avais découvert la musique électronique par Depeche Mode, je me suis intéressé à leurs influences: Kraftwerk d’abord. Évidemment ce fût une seconde révélation… plus un seul son naturel, des bips partout et des thèmes conceptuels, c’était parfait pour moi ! Mais j’ai écouté aussi beaucoup d’autres groupes que j’adore comme Human League, OMD, Fad Gadget, Front 242, DAF, I Start Counting, Soft Cell… J’écoutais aussi quelques groupes utilisant guitares et batteries comme Duran Duran, Japan, Ultravox, Visage. Mais j’avoue que ça me gâchait un peu le plaisir d’écoute à l’époque! J’ai eu beaucoup de mal à écouter des groupes plus rock pendant très longtemps. Je dénichais des disques moi-même en bibliothèque municipale par exemple mais beaucoup m’étaient conseillés ou prêtés. Je me souviens qu’on m’avait prêté Stratosfear de Tangerine Dream qui devait appartenir au père d’un copain d’école à l’époque, là aussi j’ai immédiatement accroché… Moins par les mélodies que par les atmosphères et la puissance des séquences… associé à la couverture du vinyle qui était impressionnante. J’ai écouté presque tous leurs disques sur le moment, mais je n’ai vraiment accroché qu’à l’époque Froese/Franke/Baumann… Même si j’aime aussi un peu avant et un peu après comme les albums Atem ou Exit, mais je n’aime pas du tout Force Majeure par exemple… Et puis il y a eu plus tard d’autres chocs musicaux, Bel Canto ou Résistance pour leur association numérique/analogique que je trouvais intéressante pour la première fois alors que les pionniers s’étaient complètement perdus dans les synthés numériques, ou Lassigue Bendthaus qui a totalement modifié ma vision de la musique électronique et des séquences, ou le groupe madrilène Ciëlo pour leur façon d’aborder les chansons très pop voire variétés de manière assez expérimentale… Je suis toujours un peu frustré de ne citer que quelques groupes… je voudrais en citer tant, je suppose que tous m’influencent à un moment où un autre.

C&O : Qui es-tu quand tu n’es pas Member U-0176 ? Tu sembles avoir beaucoup lu dans beaucoup de domaines…


Member U-0176 : Non, pas plus que ça… et puis si je voulais dire qui je suis dans la vraie vie, je ne me serais certainement pas trouvé un pseudo à coucher dehors!

C&O : Peux-tu nous raconter l’aventure Celluloide ?

Member U-0176 : 
Nous nous connaissons tous les trois depuis le lycée. Patryck et moi avions des projets en solo pour lesquels nous nous prêtions assistance ; moi en produisant les démos de Patryck, lui en tenant les claviers pour moi sur scène par exemple. Ce qui devait arriver arriva et nous avons décidé de travailler sur un projet commun. Et pour que ça ne ressemble ni trop à l’un ni trop à l’autre, il nous fallait une nouvelle voix. C’est pourquoi nous avons demandé à Darkléti. Au début il s’agissait de faire quelques morceaux pour s’amuser, en reprenant les choses là où les pionniers les avaient abandonnées au milieu des années 80. En tout cas c’est comme ça qu’on s’était présenté la chose… Encouragés par la réception positive de nos démos. Finalement nous avons décidé de faire un album. Et comme personne n’en voulait, nous avons créé notre propre label pour le sortir. Ce qui m’étonne toujours, c’est qu’à l’époque, aucun de nous ne s’est dit que si personne n’en voulait, on en vendrait peut-être pas beaucoup non plus. Heureusement nous y avons pensé beaucoup plus tard, et c’était déjà fait.

C&O : As-tu toujours été fidèle à Celluloide / Pas d’album(s) en solo ?

Member U-0176 : 
Si j’ai un album solo sous le nom de Thee Hyphen, qui était mon projet d’avant Celluloide, donc on ne peut pas parler d’infidélité. Et puis il y a Signal~Bruit, et un autre projet expérimental, avant Celluloide et Thee Hyphen : Transparence Porcelain Face. Mais nous n’avons enregistré que quelques titres, rien de concret. Bon, et je ne te parle pas de mes premiers groupes au collège… Soit je me faisais virer, soit ça ne donnait rien!

C&O : Peux-tu nous dire ce que représente l’electro pour toi et comment tu te situes par rapport à ce style ?

Member U-0176 : Electro, c’est une étiquette qui permet de résumer grossièrement un genre de musique. Mais aujourd’hui, je ne sais pas trop ce que ça veut dire… Donc finalement… Je ne saurais répondre à ta question. Les termes évoluent, c’est toujours à prendre avec précaution, et surtout en fonction de l’interlocuteur. Il faudra peut-être expliquer quand même… Je me rappelle quand le mot techno désignait tout autre chose que la techno d’aujourd’hui.

C&O : Et maintenant vient l’heure de SIGNAL~BRUIT et l’album Planisphère(s). Peux-tu nous raconter ça ?

Member U-0176 : Je crois que j’avais exprimé trop de mes penchants expérimentaux dans Celluloide. Ça devenait difficile à concilier avec le côté pop. Même si à mon avis, l’album Art Plastique est parfait sur ce point! L’équilibre entre pop et expérimentation est idéal. Je ne souhaite pas refaire le même album éternellement, et on ne pouvait pas pousser plus loin l’expérimentation sans casser la mélodie, sans ruiner les chansons… (nous avons essayé) J’ai donc commencé à m’amuser sans but précis, en improvisant des séquences, des thèmes, en les développant sur des temps plus longs qu’un morceau pop de 4 minutes. J’ai fait ce que j’avais envie de faire d’un point de vue « manuel »… Tourner des boutons à la main, me faire plaisir tactilement sur des synthés… J’ai toujours le même plaisir à pousser un potentiomètre et entendre le son changer… Sans autre but. J’ai enregistré ces premières improvisations, sans vraiment savoir pourquoi. A ce moment là je lisais Flatland, et tout à coup je me suis demandé si je n’étais pas en train d’exprimer inconsciemment en musique l’histoire que je lisais. Je ne sais pas si c’était vraiment le cas, mais ça m’a mis sur les rails pour structurer ces improvisations, les articuler et enregistrer les pièces manquantes pour raconter ou illustrer certains passages importants du livre. Ça s’est fait presque tout seul – même s’il y a beaucoup de travail – sans trop réfléchir,  ce qui est assez contraire à ma façon de faire de la musique, en général. Finalement, j’ai trouvé un label qui a bien compris ma démarche, et le disque Planisphère(s) sortira bientôt sur Meshwork Music. Je dois dire que je suis même un peu surpris que ça ait été aussi simple.

C&O : Musicien, compositeur, mixeur/remixeur, producteur… Quel est ton sentiment sur le fait et les avantages de pouvoir porter autant de casquettes ?

Member U-0176 : En fait pour moi, le travail de production fait partie de la composition, surtout en musique électronique, donc je ne conçois pas de ne pas finaliser mon idée jusqu’au bout. Même si j’avoue que pour le mix, j’ai fini par laisser la main à quelqu’un qui est plus doué que moi. C’est difficile de trouver quelqu’un qui comprend votre intention et arrive à mixer les pistes dans ce sens là.

C&O : 
Ça ne donne pas un peu la grosse tête parfois ?


Member U-0176 : Pour avoir la grosse tête, je suppose qu’il faut avoir d’abord un vrai succès populaire et peut-être l’avoir trop jeune, ce qui fait probablement perdre les pédales… Donc je n’aurais aucune excuse.

C&O : Peux-tu nous parler de tes machines, celles que tu as utilisées dans le passé, celles que tu utilises maintenant et celles que tu penses utiliser dans un futur proche ?

Member U-0176 : Je n’aime pas trop dévoiler les machines que j’utilise… J’aime bien me dire que les auditeurs essaieront de trouver eux mêmes, si c’est possible. J’adore autant l’analogique d’antan que les machines numériques récentes, et inversement. La seule chose que je n’aime pas, ce sont les instruments virtuels. ça n’a rien à voir avec le son, c’est une pure question de toucher… J’ai besoin de boutons… D’ailleurs je déteste tout autant les instruments virtuels que les synthés où il faut rentrer dans tout un tas de menus pour changer un paramètre. J’ai besoin d’un contact direct avec le son… C’est comme ça. Donc tu ne sauras pas grand chose sur mes machines. Je peux juste te dire une chose : Je ne me sépare plus d’aucun synthé! J’ai vendu un Korg Delta il y a longtemps et je le regrette encore. Donc ça ne m’arrivera plus.

C&O : Et l’avenir, comment le vois-tu ? Déjà en train de travailler sur d’autres projets ?

Member U-0176 : J’ai déjà l’idée du thème pour un second album sous le nom de Signal~Bruit… Par contre je vois mal comment je pourrais intégrer audio et vidéo cette fois, donc il faudra peut-être s’en tenir à la musique. On verra. Et nous avons commencé à travailler à nouveau avec Celluloide. Nous avons quelques titres enregistrés, mais la production est à revoir totalement, comme on en parlait tout à l’heure, il faut revenir à la mélodie, simplifier… Bref, c’est beaucoup de travail pour que ça paraisse facile. d’ailleurs pour nous concentrer sur la mélodie, nous avons recommencé à travailler les morceaux d’abord à la guitare, accord/voix, ce qui nous arrive assez souvent paradoxalement.

Propos recueillis par Frédéric Gerchambeau

http://boredomproduct.fr/

 

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