Demians – Mute

Demians Mute

Construire l’empire Demians : partie 2 de 3

Après un album encensé par les médias de l’époque, tout le monde attendait Nicolas Chapel au tournant. Et celui-ci a pris tout le monde à contre-pied. Moi-même, lors des premières écoutes suite à la sortie de Mute, j’ai franchement été décontenancé. Et ce n’est qu’aujourd’hui, en le réécoutant afin de rédiger cette chronique, que je l’apprécie vraiment. Explications.

Après la sortie de Building An Empire qu’il a voulu composer tout seul pour des raisons de souplesse et d’intégrité musicale, Nicolas Chapel a formé un groupe pour présenter son album au public en conditions réelles. Et il a revécu ce qu’il avait déjà connu auparavant et qu’il avait voulu fuir : les problèmes de relations avec des personnes qui tentaient, par un biais ou un autre, de s’approprier ou d’influencer le projet Demians. Le titre de ce deuxième disque, Mute, n’est dans ce contexte plus si énigmatique : Nicolas Chapel est passé sous le radar, et s’est retranché en Normandie, où il a composé de manière complètement spontanée ces nouvelles chansons. Et ce qui choque, ou tout du moins surprend, dès la première écoute, ce sont le son très cru et le caractère très direct des différents titres. Alors que son premier album était ultra-ciselé et donnait une impression de surproduction comme peut le faire un Steven Wilson (promis, c’est la dernière fois que je case cette référence dans une chronique de Demians!), Mute joue la carte de l’authenticité et du direct. Certaines chansons ont même été composées sur l’instant, comme les premières minutes « Black Over Gold ». L’auteur avait tout son matériel installé et prêt à enregistrer et il s’est lancé à toute heure de la journée et de la nuit dans un travail d’orfèvre solitaire, un travail de moine du son reclus dans son monastère.

Demians-band 2

Mais cette impression de simplicité n’est qu’une apparence trompeuse. Avec Mute, Demians a déployé des trésors de mélodies et dévoile sa grande maîtrise de la dynamique. Alors que Building An Empire pouvait sembler convenu, presque comme une caricature d’album rock progressif, ici, Nicolas Chapel a affiné son écriture jusqu’à la rendre simple et complète. Un bon exemple est toujours ce titre, « Black Over Gold » qui part sur un duo piano-voix très sensible et qui évolue vers des sommets d’intensité tant émotionnelle qu’instrumentale pour retomber tout doucement et nous laisser sans voix. Tout n’est malheureusement pas du niveau de cette chanson, et certains titres lorgnent dangereusement du côté de la facilité, le début de « Feel Alive » et « Tidal » en sont de parfaits exemples. Mais cet album ne doit pas être rejeté, car il touche parfois au sublime : « Rainbow Ruse » et son piano très reznorien, et ses guitares menaçantes; « Hesitation Waltz » et sa montée bruitiste et percussive. Il est surtout un témoin de l’évolution de Demians : d’une musique sous forte influence, Nicolas Chapel a réussi à partir sur sa propre voie et à nous offrir une musique de qualité et très personnelle. Cet essai sera d’ailleurs transformé avec Mercury, mais il s’agit d’une autre histoire, et d’une autre chronique.

Pour conclure, on pourrait dire que Building An Empire était l’album de l’enfance, redoublant d’énergie, voulant prouver aux grands qu’il existe et ce dont il est capable. Et Mute est l’album de l’adolescence, où l’auteur envoie tout balader et commence à entrevoir son chemin.

Troisième partie à paraître dans les prochains jours.

Guillaume Beauvois

http://www.demians-music.com 

Également disponible, Construire l’empire Demians, parties I & III

Mute
Demians
2010
InsideOut Music

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