Dälek – Asphalt For Eden

Dalek-Asphalt For Eden

Grisaille, pluie, bruine, vent, béton, infrastructure, architecture, mégalopole. Décor posé sur plaque de zinc. Transports, pollution, égoïsme, religion, communautarisme, étron, business, alcool, drogue, violence, meurtre, répression, discrimination, terrorisme, individualisme, paranoïa, solitude, survivalisme, hypocrisie.

Dälek c’est ça, des errements éparpillés comme les débris d’un verre éclaté sur le carrelage, le fait d’être petit dans un grand tout de visages impassibles mais torturés, seul dans un tunnel interminable avec seulement pour compagnie les désagréables bruits environnants amplifiés jusqu’à la rupture physique, morale et psychologique. Schizophrénie quand tu nous tiens…  Et au milieu : la peur, viscérale, peau de chagrin enfouie, à la fois douce et insidieuse, car commune. Les représentations évoluent, le goudron se mélange à la croyance, l’abstraction cherche un terreau à fertiliser quitte à perdre l’attrait de l’imagination, la force de la mythologie populaire dans les diktats de pensées sensément plurielles quoique spécifiquement uniques. La connerie a toujours bon dos… La récupération aussi.

Dalek-band

Onze ans que Will Brooks (Mc Dälek) avait mis en pause son bruyant rejeton hip-hop, disparu dans ses amas de grincements noise dispersés, mais toujours vivaces. La preuve des combos ayant émergés durant la dernière décennie : Death Grips, Moodie Black, cLIPPING ou Ho99o9 (prononcez Horror). Peut-être moins surprenant de nos jours, n’empêche que la nouvelle du retour du New-yorkais nouvelle formule, maintenant signé sur un label de metal extrême (ce qui en soit n’est guère étonnant), était scruté à la loupe. Maintenant, prenons un raccourci, Asphalt For Eden est aussi planant qu’Absence était corrosif. Pas de débordement, de fissures grinçantes, nulles traces de chalumeau à même la fonte, le nouvel opus se révèle presque comme une tirade ambiante, un travelling ralenti sous amortisseur, qui par instant vire au lumineux (« Masked Laughter -Nothing’s Left » en tête), toujours porté par le flow de Brooks, monotone voire fuyant, dont les beats, presque limités, marquent chaque intonations (si on excepte le galopant sous néons lynchien « Critical »). Soyons clair, le fond reste gris, cracra, une grisaille dont percent certaines teintes rougeâtres, un peu comme si on zoomait sur une des toiles torturées du yougoslave Veličković. Dälek appose un filtre, un masque et impose par là une autre vision, bosselée sans être dérangeante mais toujours terne, obscure, aux vapeurs toutes aussi inquiétantes et toxiques, plus sage peut-être, moins physique. C’est un peu imaginer du Mogwaï  synthétique en moins pathos (faut pas déconner), mais dont on retiendrait l’ambiance imprimée sous une pluie fine chiante et persistante. Collante mais dont on ne peut échapper. Est-ce l’appoint du pas très nouveau DJ Rek (ayant été présent dès les débuts du collectif) ou de Mike Mare ? Car, si on perd en folie bruitage à échelle 12 de Richter, on gagne en introspection, en « classicisme » de forme, en atmosphère qui sait… Si on peut regretter une durée de vie plus rêche et restreinte à Asphalt For Eden, je me plais à penser, dans l’esquisse de mon rictus habituel et connu, qu’on se retrouve sur le même cas d’école d’un Swans. Forcément « décevant », trop d’attentes et de fantasmes, mais dont le potentiel explosera réellement à la prochaine sortie. En l’état, je ne peux que me réjouir du retour de Will Brooks et de Dälek, qui me fait penser à autre chose qu’aux boites de sardines de Doctor Who, de cette graduation expressive plus atmosphérique que bruyante (allant à contre-courant du tout plus brutal) et de ces moments de suspensions mélancoliques, soyeux (ce final…).

Dälek est de retour les gugusses. Cherchez pas de déception, juste la reprise d’un combo essentiel et imperturbable du hip-hop contemporain. Alors, laissez moi souffler un bon coup… Merci…

Jéré Mignon

 https://deadverse.com/
https://www.facebook.com/dalekmusic

Asphalt For Eden
Dälek
2016
Profound Lore Records

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