Celluloide – Naphtaline

celluloide-naphtaline

On me dira ce qu’on voudra, mais il faut quand même une bonne dose d’audace pour inclure dans un album de reprises du Cure, du Siouxsie and The Banshees, du Dead Can Dance et du Depeche Mode et prétendre renouveler leurs titres sans les dénaturer. C’est pourtant l’exploit qu’a réussi Celluloide – haut la main, je vous l’avoue tout de suite – dans ce Naphtaline LP aussi passionnant qu’excitant (y’a un jeu de mots ici, saurez-vous le trouver ?). Je vais même vous dire le fond de ma pensée : certaines de ces reprises sont même, à mon goût, supérieures aux originaux. Parce que plus épurées, moins stylisées, moins maniérées, ce qui permet de mieux laisser respirer la mélodie, d’en libérer la beauté et d’en accentuer la dramaturgie. Même les paroles sont plus compréhensibles, ce qui leur donne plus de sens et améliore leur impact. Alors ok, je retire « audace » et je le remplace par « amour ». Il faut beaucoup d’amour pour ces titres pour les inclure dans un album de reprises, en retirer les poussières et les vieilles peaux afin qu’en renouvelant leur éclat, on puisse les aimer encore plus qu’auparavant.

Cela dit, au grand jeu des reprises, j’aurais pu commencer par le cas des « Amoureux Solitaires » de Lio. Car il s’agit en réalité là, déjà, d’une reprise des « Lonely Lovers » desStinky Toys, avec Elli Medeiros au chant et Jacno à la guitare, reprise faite par Jacno, mais avec cette fois Jacno aux synthés et Lio au chant, vous suivez ? Non, le plus drôle est de comparer « Lonely Lovers » avec « Amoureux Solitaires ». Essayez, vous verrez pourquoi c’est amusant, enfin je veux dire intéressant. Je m’éloigne du sujet ? Pas d’un poil. Parce qu’en fait tout ceci n’est qu’une application centrée sur la musique de la fameuse théorie de Lavoisier selon laquelle « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». C’est donc logiquement que des titres composés par certains sont transmutés par d’autres, dans une saine alchimie. Encore faut-il le faire avec art. Or, je l’ai déjà souligné dans diverses chroniques que j’ai consacrées à Celluloide, ce groupe possède un don presque surnaturel pour la perfection. Ok, je retire surnaturel. Ils ont juste un goût très sûr en tout cas, ce qui, croyez-moi, est déjà beaucoup.

celluloide-band-2

Alors voilà, quand un groupe – qui calcule ses mélodies avec trois chiffres derrière la virgule, les arrange avec une science experte et les mixe avec une clarté et une précision sans faille – reprend douze titres, dont beaucoup de groupes adulés, il faut forcément y regarder de très près, et plutôt deux fois qu’une. J’ai parlé plus haut des « Amoureux Solitaires » de Lio, qui ouvre magistralement le bal. Pardon, mais il faut avoir un aplomb d’acier et un savoir-faire extraordinaire pour reprendre un titre arrangé une première fois par Jacno, un sorcier des synthés, et le ré-arranger aux synthés en réussissant à la perfection son coup. Mais j’aurais pu aussi évoquer le titre suivant, à savoir le célèbre « In Power We Entrust The Love Advocated » de Dead Can Dance. Pas facile de s’attaquer à du Dead Can Dance, c’est carrément du très lourd, ça. Eh bien Celluloide n’a pas eu tort. Sans dénaturer la mélodie pleine de gravité et de force, le groupe l’a libérée de ses accords parfois un peu pesants de guitare, et en lui impulsant une dose d’électronique délivrée avec une grande intelligence, lui a insufflé une énergie nouvelle. J’aurais pu encore citer « L’air », la reprise d’une chanson de Sista Mannen Pa Jorden intitulée « Luft ». Il faut vraiment écouter les deux versions, l’originale et celle du Naphtaline LP, pour percevoir avec acuité toute la pertinence et l’excellence du travail de Celluloide au cours de ses reprises. C’est réellement du très bon boulot, bravo, bravo, bravo !

Frédéric Gerchambeau

http://www.celluloide.online.fr

Naphtaline
Celluloide
2016
BOREDOMproduct

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *